Netflix et sa série The Crown, qui retrace de manière romancée la vie de la famille royale britannique, ont triomphé dimanche soir lors de la 73e cérémonie des Emmy Awards à Los Angeles, en remportant le prix de la meilleure série dramatique.

La série a également raflé les Emmy du meilleur acteur (Josh O’Connor), de la meilleure actrice (Olivia Colman), du scénario, de la réalisation et des deux seconds rôles: Gillian Anderson pour son rôle de Margaret Thatcher et Tobias Menzies, qui incarne le prince Philip.

Avec sa série consacrée à la famille royale britannique, Netflix a enfin atteint la consécration qui lui échappe depuis tant d’années. Depuis son lancement en 2007, la plateforme de vidéo à la demande a collectionné les nominations mais n'avait jamais remporté jusqu'à présent d'Emmy Award, équivalent des Oscars de la télévision américaine, dans les catégories les plus prestigieuses (série dramatique, comédie ou série limitée).

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Netflix a pu aussi compter sur une autre pièce maîtresse, Le Jeu de la dame, qui met en scène une jeune prodige des échecs tourmentée, récompensée comme meilleure mini-série.

«Ted Lasso» sacré

La comédie Ted Lasso, diffusée sur Apple TV, a reçu le prix de la meilleure comédie de l’année. Donnée grande favorite, la série a remporté plusieurs autres statuettes, notamment l’Emmy du meilleur acteur dans une comédie avec Jason Sudeikis, qui campe un entraîneur de football américain, totalement perdu lorsqu’il passe aux commandes d’une équipe de football anglaise, et des Emmys pour des seconds rôles à Hannah Waddingham et Brett Goldstein. I may destroy you reçoit la récompense du meilleur scénario de mini-série (lire ci-dessous).

Côté actrice, c’est Jean Smart qui l’a emporté pour Hacks, série HBO où elle joue une diva en fin de course tentant désespérément de sauver son spectacle à Las Vegas.

L’an dernier, faute de vaccin disponible, la soirée des Emmy Awards avait été 100% virtuelle – et relativement décevante – avec des stars recevant leur trophée à domicile. Cette 73e édition marque un début de retour à la normale, avec quelque 500 invités triés sur le volet admis à l’air libre à côté d’un auditorium de Los Angeles, avec certificat de vaccination de rigueur.

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Des femmes récompensées, mais la question de la diversité demeure ouverte

L'actrice et scénariste Michaela Coel récompensée pour son douloureux récit des suites d'un viol dans I may destroy you, la danseuse et chanteuse Debbie Allen, victime de racisme dans sa jeunesse, honorée par un Emmy spécial: la soirée a mis à l'honneur les histoires de femmes surmontant les épreuves.

«Je dédie cette histoire à toutes celles qui ont survécu à une agression sexuelle», a lancé Michaela Coel, première femme noire à recevoir une statuette pour le meilleur scenario d'une série limitée, l'un des grands moments de la soirée. L'actrice et autrice britannique de 31 ans s'est inspirée de sa propre histoire pour sa série coup de poing, campée dans l'univers des nuits festives de Londres.

Un honneur pour sa carrière à Debbie Allen

Debbie Allen a reçu pour sa part un «Governors award», un prix d'honneur pour couronner sa carrière, qui va bien au-delà de la série musicale Fame dans les années 80. «Que ce moment résonne pour les femmes du monde entier, du Texas» [où l'avortement est désormais interdit après six semaines de grossesse] «à l'Afghanistan», où les talibans sont revenus au pouvoir, a clamé Debbie Allen, très émue.

Un maître de cérémonie noir, en la personne de l'acteur "Cedric the entertainer", héros de la série familiale The neighborhood sur CBS, Debbie Allen et Michaela Coel couronnées, la nageuse paralympique Jessica Long – et ses prothèses apparentes à l'écran – remettant une statuette, la diversité avait bien une place sur le plateau de Los Angeles.

Que des vainqueurs blancs

Mais finalement très peu dans les récompenses. Les douze Emmys pour les meilleures acteurs et actrices, ou second rôles dans les catégories les plus en vue sont allés exclusivement à des protagonistes blancs. De quoi alimenter une nouvelle fois les critiques récurrentes contre les grandes cérémonies comme les Oscars et les Golden Globes. «Emmyssowhite» (Emmy si blancs), a d'ailleurs titré le site spécialisé The Wrap, qui souligne que des acteurs et actrices de couleur concouraient pourtant dans «quasiment toutes les catégories».

Retrouvé mort chez lui, à Brooklyn, à l'âge de 54 ans, Michael K. Williams, aurait par exemple pu être consacré dans la catégorie du meilleur second rôle dans une série dramatique, pour Lovecraft Country (HBO), à mi-chemin entre science-fiction et film d'horreur, sur fond de ségrégation raciale en Amérique dans les années 50.

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