Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire

Musique

«The Cure rêve toujours d’un album parfait»

Le groupe de Robert Smith était à l’affiche du Paléo Festival ce mercredi. Rencontre avec un chanteur-icône

Le concert qui vient de s’achever a laissé des traces. The Cure quitte la Grande Scène du Paléo Festival, mercredi soir, après une longue prestation. Son meneur historique Robert Smith se présente dans une salle étriquée, à côté de la structure en tubolaire qui l’a mis face à une assistance océanique. Le rouge à lèvres a perdu de son éclat, la fatigue se lit sur un visage plus que jamais arrondi, les cheveux crépus n’ont plus de formes. Robert Smith affiche pourtant une loquacité qui étonne. Il déborde d’ailleurs le temps imparti pour l’interview et installe un dialogue qui fait la part belle aux divagations. Les premiers mots de cette légende du rock britannique sont pour le concert de Nyon.

Robert Smith: Je me sens un peu frustré. On a joué durant une heure cinquante et je trouve que ce n’est pas assez. J’ai essayé pendant deux mois d’obtenir l’autorisation de faire davantage, mais je n’ai pas réussi à convaincre les organisateurs de Paléo. Ailleurs, dans les autres festivals, il y a eu des hésitations, mais à la fin nous avons dépassé les deux heures et demie de concert. Durant cette tournée, nous avons envie de proposer un grand show sans tomber dans la grandiloquence. Nous voulons amener tout le monde dans un long voyage musical.

Le Temps: Votre répertoire est très vaste. Comment choisissez-vous les chansons de ce voyage?

– On ne joue jamais la même séquence. Bien sûr, nous avons deux listes de base parce que nous savons que notre public, jeune et moins jeune, attend de toute façon des chansons clés. Ce soir c’est un cas à part, comme je viens de le dire. Alors nous avons inséré des chansons que nous ne jouons jamais: «The Lovecats» et «Close to Me». Et nous avons attaqué avec «Shake Dog Shake» que nous ne jouions plus depuis 1984. De manière générale, je trouve les concerts de cet été particulièrement réussis. Il y a une très bonne dynamique dans le groupe. Il y a une manière positive d’approcher les shows, d’y mettre de l’intensité et de ressentir du plaisir. L’urgence, aussi, dans ce que nous faisons, est toujours là. Parce que, à chaque fois que nous jouons, nous nous disons que c’est la dernière. On se fait vieux, on est plus proches de la fin que du début, c’est ce qui nous pousse à donner le mieux.

– Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les vieilles chansons, écrites parfois il y a trente ans? Vous étiez quelqu’un d’autre à l’époque…

– Je crois toujours en leurs textes. C’est une idée fausse que de considérer qu’en grandissant on s’éloigne de ce qui a été fait. J’en suis persuadé, il y a des parties de la personnalité, surtout celles liées à l’émotionnel, qui continuent de vous guider durant toute l’existence. Je vous donne un exemple: il y a des petites voix dans ma tête qui me disent de ne pas foirer. Elles étaient là déjà quand j’ai écrit «One Hundred Years» en 1982.

– Sur votre guitare vous affichez une phrase: «2012, citizen not subject». Que voulez-vous dire par là?

– Cette année il y a le jubilé de la reine d’Angleterre. Je trouve simplement bête le rapport qu’entretient mon pays avec la monarchie.

On n’a pas entendu beaucoup de voix discordantes sur l’événement. Pourquoi?

– En 1977, lors du dernier jubilé, c’était totalement différent. The Cure a fait une de ses premières apparitions et ce fut très punk. A l’époque, nous avions l’impression qu’on allait changer le monde. Le problème est que les gens qui étaient engagés dans ce mouvement n’ont pas eu l’intelligence ou le courage de poursuivre plus tard. Bien sûr, des vestiges punk demeurent aujourd’hui, mais l’essentiel a été balayé par les nouveaux modèles du business musical. Je reviens au jubilé. J’ai 53 ans et je ne comprends pas pourquoi la jeune génération ne réagit pas en masse contre cette absurdité de monarchie. Elle symbolise l’idée qu’il y a des gens supérieurs à d’autres. J’ai été éduqué dans l’idée que les gens sont égaux. Mes parents étaient socialistes.

– Vous entretenez une relation spéciale avec le bassiste Simon Gallup, membre historique des Cure? Qu’est-ce qui vous rapproche autant?

– J’ai eu la chance de le rencontrer quand j’étais très jeune. On allait aux mêmes concerts punk et il nous est arrivé parfois d’être en conflit. Malgré nos petits différends, on s’est vite rendu compte qu’on était faits l’un pour l’autre. C’est pourquoi je lui ai proposé très tôt d’entrer dans le groupe. Quand on était jeunes on se demandait ce qu’on allait devenir en vieillissant. Je ne sais pas ce que cela donnera quand on sera vraiment vieux mais pour l’instant ça marche plutôt bien.

– Vous avez influencé beaucoup de musiciens et de groupes. Mais il n’y a qu’un seul Cure, avec son son et sa voix. Etes-vous fier de cette singularité?

– Nous avons eu beaucoup de chance dans notre chemin. En 1985, par exemple, nous avons connu une période charnière. Un tournant nommé «Close to Me» et «In Between Days». Si ce virage n’avait pas marché on ne serait pas là aujourd’hui. J’ai eu la chance de ne pas être trop jeune quand The Cure a commencé à prendre son envol. J’avais suffisamment de maturité pour comprendre les raisons du succès et pour continuer sur cette voie. Le succès ne m’a pas perdu. Des centaines de groupes l’atteignent, mais leurs noms sont oubliés après trois ans seulement. C’est génial trois ans, mais pour moi l’idée c’était de continuer, de devenir un compositeur old fashioned. J’aimerais être comme Mahler en fait.

– Est-ce que l’album en tant que format a encore un sens en 2012?

– C’est une discussion que nous avons eue au sein du groupe. On peut se poser la question pour les livres aussi: pourquoi en lire si on peut en faire un résumé de 16 pages? Il y a quelque chose de culturel derrière l’idée d’album. On a grandi avec ce format et je suis certain qu’il résistera. Mon rêve est encore et toujours de faire l’album parfait. Je me bats avec le futur, je n’ai pas de smartphone et d’ordinateur, j’aime l’idée d’être déconnecté, largué. Cela me fait chanter mieux.

– Vous dites depuis longtemps que vous voulez faire un album solo. Est-ce que vous y songez vraiment?

– Oui, bien sûr. Mais quand The Cure ne sera plus là.

– Quand donc?

– Je ne sais pas. Ce que je sais c’est qu’il y aura un autre album des Cure. Nous avons de nouvelles chansons et elles sont terriblement bien. Ça me rend malade. (Rires .)

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps