Cinéma

«The Disaster Artist»: il navet rien pour lui

Dans «The Disaster Artist», James Franco incarne Tommy Wiseau, l’auteur de «The Room», un des pires films de l’histoire du cinéma, et remake son navet dans un exercice tout à fait vain

Au début du troisième millénaire, Tommy Wiseau débarque sur la planète Hollywood. Hirsute, inadapté et richissime, il rêve de devenir une star. Comme personne ne veut de cet hurluberlu, il rédige un scénario et le tourne à ses frais. Sorti en 2003, The Room, qui cumule les défauts artistiques et les erreurs techniques, se place immédiatement dans le peloton de tête des pires ratés du 7e art. Conçu comme un drame, ce récit d’une relation triangulaire prête à rire. Il devient un film-culte, chaque projection se changeant en happening devant des spectateurs au comportement ritualisé, tels les zélateurs du Rocky Horror Picture Show.

The Disaster Artist retrace la genèse de la mère de tous les navets, avec James Franco devant et derrière la caméra. Drôle de zigoto, ce James Franco. Joli garçon pour certains, bellâtre pour d’autres, touche-à-tout pour tous, il tâte aussi bien du mainstream, voire du blockbuster (Spider-Man, La Planète des singes: les origines, Le Monde fantastique d’Oz) que du cinéma d’auteur (Harvey Milk, de Gus Van Sant, Howl dans lequel il tient le rôle d’Allen Ginsberg, Wild Horses de Robert Duvall…). Il marque une préférence pour les personnages ambigus, déjantés, quitte à se rendre méconnaissable (le fêtard de Spring Breakers) et se disperse – il a participé à 12 projets cinématographiques en 2017…

Alien chevelu

Toujours soucieux de casser son image, il s’est mis en tête de porter à l’écran la geste lamentable du cinéaste nul. Planqué sous une tignasse corbeau en pétard, le visage bouffi, il incarne donc Tommy Wiseau avec son petit frère, Dave Franco, dans le rôle de Greg, le complice juvénile de l’artiste désastreux. S’ensuit une fastidieuse suite de séquences détaillant l’inadéquation de l’alien chevelu au monde réel et son incompétence en matière d’art dramatique et de prises de vue. Le générique de fin montre les scènes originelles, copies conformes de celles que James Franco a remakées. Est-ce bien utile de singer l’impéritie? En tout cas ce festival de grimaces échoue à faire rire.

Jusqu’alors, le parangon du mauvais cinéaste était Ed Wood. Tim Burton lui a rendu hommage dans un film plein d’humanité, dévoilant la poésie de ce rêveur capable de s’émerveiller face au combat d’un comédien et d’une pieuvre en caoutchouc. Le très goguenard James Franco n’a pas la tendresse de Tim Burton. Et son regard n’a pas la douceur de celui de Johnny Depp.


The Disaster Artist, de et avec James Franco (Etats-Unis, 2017), avec Dave Franco, Seth Rogen, Ari Graynor, Alison Brie. 1h44.

Publicité