The Divine Comedy

Regeneration

(Parlophone 7243 5 31761 2 9/

EMI)

Son précédent disque, publié en 1998, s'intitulait Fin de siècle. Epargné par le bug de l'an 2000, Neil Hannon poursuit aujourd'hui avec Regeneration le petit jeu de piste orchestré par ses titres d'albums aux concepts ronflants. Davantage qu'un simple ancrage temporel, cette version contemporaine du thème romantique de «mort et transfiguration» illustre à merveille l'option retenue lors de l'enregistrement de ce nouveau disque.

Revenu de ses ambitions de grandiloquence orchestrale, le songwriter irlandais n'a désormais plus rien à prouver et s'en accommode à merveille tout au long du bien nommé Regeneration. Premier indice: son portrait photographique, jadis au centre de toutes ses pochettes, n'apparaît désormais qu'au dos du disque, entouré de ses six musiciens représentés pour la première fois à égalité avec le maître des lieux. A cet effort de démocratisation visuelle répond la manière dont le chanteur au timbre d'or pose sa voix davantage qu'il ne l'impose, reléguant au second plan son emphase proverbiale.

Une légèreté de ton que l'on sent acquise de haute lutte, au prix d'un détour parmi les formes les plus ampoulées et casse-gueule de la musique pop. Jusqu'à ce nouvel album en effet, l'évolution du groupe n'était pas sans évoquer les dernières années d'un Elvis Presley empailletté, grossissant à mesure que sa musique s'empâtait. Révélée en 1993 par un premier album intitulé Liberation, l'écriture raffinée de l'Irlandais Neil Hannon séduit alors par son caractère décalé au cœur d'une Europe partagée entre les sonorités grunge américaines et la brit-pop naissante de Blur et d'Oasis. Plus influencé par le lyrisme d'un Scott Walker ou la pop ampoulée de David Bowie que par ses contemporains, The Divine Comedy poursuit sa quête de la chanson pop intemporelle sur Promenade (1994) et Casanova (1996), dont l'extrait «Something for the Weekend» offre au groupe une reconnaissance au-delà du cercle des mélomanes avertis.

Célébré comme l'un des songwriters les plus habiles de sa génération, Neil Hannon cède alors au désir de pousser à son terme le mimétisme trouble que subit son timbre de voix lyrique avec celui de Scott Walker, crooner crépusculaire s'il en est. S'entourant d'un grand orchestre symphonique, The Divine Comedy laisse éclater l'ego de son chanteur charismatique sur A Short Album about Love (1997) et plus encore avec Fin de siècle, véritable manifeste de rock ampoulé et de grandiloquence baroque. Aussi impressionnant qu'indigeste par endroits, l'album voit le groupe se muer en une parodie de lui-même, transformant les délires symbolistes de la fin du siècle précédent en grand-messe pop pour le temps présent.

Devant cette inévitable impasse, maints groupes auraient implosé, minés par l'ambition démesurée de leur mentor. Un geste suggéré par la parution en 1999 d'un Best of retraçant la boulimie croissante de l'Irlandais. Avec ce nouvel album, c'est donc bien de régénération qu'il s'agit. De retour à ses premières amours pop, Neil Hannon entend démontrer combien son écriture plane au-dessus de la moyenne, même dépourvue de roulements de timbales et de cuivres pétaradants.

Avec un minimum d'effets de manche, fondus dans la production fluide et soyeuse du prodigieux Nigel Godrich (Radiohead, Beck), The Divine Comedy découvre les joies de l'euphémisme. Intimiste et mélancolique, traversé par un lyrisme nocturne, ce nouveau disque se révèle une des réalisations les plus abouties du groupe, touchant en de nombreuses occasions à la puissance émotionnelle d'un Radiohead. «Donne-moi ton amour/ et je te donnerai la chanson d'amour parfaite», déclare le malicieux Neil Hannon sur «Perfect Lovesong». Avec d'aussi belles garanties, comment résister à pareille invitation?