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Jessica Barden et Alex Lawther dans la série «The End of the F***ing World».
© (Channel 4 et Netflix / via Imdb)

Festival

«The End of the F***ing World», une série où les femmes disent «non»

La série de Netflix propose un personnage féminin qui assume totalement sa libido. Invitée au festival Séries Mania, la créatrice Charlie Covell est revenue sur la représentation des femmes à l’écran et la notion de consentement. Avec un mot d’ordre: faire bouger les lignes

Leur cavale a fait souffler un vent de liberté. Dévoilée en janvier, la série britannique «The End of the F***ing World» raconte l’histoire de deux adolescents qui fuient un quotidien bien terne. Un brin lunaire et taiseux, James est persuadé d’être un psychopathe. Son tableau de chasse est peu garni: il a tué quelques animaux, dont le chat du voisin et des papillons. Il rêve désormais de s’attaquer à plus «gros». Sa cible est toute trouvée, ce sera Alyssa. Cette adolescente au caractère bien trempé hait le nouveau compagnon de sa mère – un «pervers» – et se montre peu sociable avec ses camarades.

Ce duo explosif a soif d’aventures et veut s’affranchir des codes, à la manière du mythique couple de meurtriers Bonnie et Clyde. «Ils sont jeunes! Ils sont amoureux! Et ils tuent des gens!» annonçait l’affiche du long métrage. Les adolescents de la série tentent de coller à cette promesse croustillante. Mais dans leur fuite, ils se montrent terriblement maladroits. Leur histoire de chair et de sang est rythmée par des hésitations et une bonne tranche d’amateurisme. Cela vaut aussi pour leurs tentatives de relations charnelles. 

Expression crue du désir

Invitée au festival Séries Mania, à Lille, la créatrice Charlie Covell a présenté ces deux personnages plongés dans une quête initiatique. Cette rencontre exceptionnelle était animée par la journaliste et universitaire spécialiste de la représentation du genre au cinéma et dans les séries, Iris Brey. «L’histoire d’amour entre Alyssa et James n’est pas conventionnelle. Ils deviennent d’abord amis et s’offrent la liberté de se dire que tout peut arriver ensuite», a confié la scénariste britannique devant le public français. Une spontanéité propre à l’adolescence, terrain de découverte de la sexualité. Dès le début de l’histoire, Alyssa ne s’embarrasse pas de subtils sous-entendus pour séduire James. Elle lui donne directement rendez-vous pour qu’il lui «broute la chatte». 

Cette expression crue du désir féminin surprend le spectateur tant elle est rare dans la fiction. Bien souvent, c’est le désir de l’homme qui domine la scène. Mais une transformation s’opère, et il faut regarder derrière la caméra pour comprendre le phénomène. «La plupart des séries qui proposent des nouvelles représentations de personnages féminins sont majoritairement créées par des femmes», explique Iris Brey dans son ouvrage Sex and the series

Adaptée du roman graphique de Charles Forsman, «The End of the F***ing World» reste fidèle à l’histoire originale. A quelques exceptions près. Dans le livre, James et Alyssa ont des relations sexuelles. Ce n’est pas vraiment le cas dans la série. Très libre, la jeune fille change finalement d’avis après un terrible événement. La comédie dramatique explore la notion de consentement, un thème qui n’était pas clairement établi au moment de l’écriture du scénario. «Je n’ai pas le souvenir d’avoir voulu écrire spécifiquement sur le consentement. Alyssa voulait vexer James en couchant avec un autre garçon, mais elle change d’avis au moment de passer à l’acte, a souligné Charlie Covell. La série montre que ce revirement est complètement acceptable, qu’il n’y a rien de problématique à refuser d’avoir une relation sexuelle. Cela normalise le désir des femmes, elles ont la liberté de choisir». Une idée parfaitement résumée par Alyssa au moment des adieux: «Respecte ma décision et fous-moi la paix.»  

Un modèle pour les adolescentes

Cette liberté vexe toutefois le personnage masculin qui se trouve dans son lit. Il ne trouve rien de mieux que de la qualifier d’«allumeuse» devant James, avant de claquer la porte. Le spectateur retrouve ce jeune homme dans une salle d’interrogatoire de la police, qui recherche activement les Bonnie et Clyde en herbe. Il tient alors des propos sexistes, si bien qu’une enquêtrice lui propose – sur le ton de l’ironie – de noter Alyssa sur une échelle de 1 à 10. «The End of the F***ing World» propose un portrait peu reluisant du genre masculin. Interrogée sur le mouvement #metoo, Charlie Covell a d’ailleurs fait une rapide référence à Donald Trump. Avant son élection, le président américain se vantait «d’attraper les femmes par la chatte». 

Affirmée et moderne, Alyssa pourrait devenir un modèle pour les jeunes filles. Le personnage est maître de son désir et affiche sans dégoût ses menstruations dans une scène rarement vue dans une série. «La série est un outil de communication de masse qui peut avoir un impact profond sur la représentation de la sexualité féminine. C’est en cela que les séries prennent une fonction révolutionnaire, elles sont accessibles à tous et peuvent être dévorées dans l’intimité de sa chambre», estime Iris Brey dans son livre. Charlie Covell se réjouit que sa fiction puisse être une source d’inspiration, mais elle refuse de se mettre dans la position du professeur d’éducation sexuelle: «On ne veut pas que ce soit pédagogique, dire ce qui est bien ou mal. C’est de l’art. […] Je ne veux pas écrire sur ce que doivent faire les adolescents mais rompre avec les traditions. Dire tout, c’est bien, prêcher, c’est mal.»


Une deuxième saison? Le mystère reste entier

L’histoire de James et Alyssa a conquis le public, au point que beaucoup rêvent d’une deuxième saison. La question était sur toutes les lèvres lors de la rencontre avec le public, dans le cadre du festival Séries Mania. Mais, à ce stade, le mystère reste entier. «On n’a toujours pas reçu d’appel aujourd’hui. Mais on a plein d’idées pour faire une suite! Maintenant, si «The End of the F***ing World» devait s’arrêter là, alors je serais heureuse d’avoir conclu la série sur cette fin», a répondu Charlie Covell. En 2015, la showrunneuse avait écrit seule cette histoire. «Cela peut paraître un peu arrogant, mais comme il n’y avait que huit épisodes de 25 minutes, j’ai pu tout écrire toute seule.»

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