Réalité virtuelle

«The Enemy», les visages humains de la guerre

Le GIFF présente une sidérante œuvre de réalité virtuelle mettant face à face des combattants congolais, salvadoriens et palestino-israéliens

Karim Ben Khelifa est photojournaliste. Il a couvert de nombreuses zones de conflit. Un de ses buts: montrer que, derrière chaque combattant, il y a un être humain. Mais comment rendre palpable cette humanité à travers une image et un texte? Il y a une dizaine d’années, le reporter belgo-tunisien a décidé de se tourner vers la réalité virtuelle (VR) pour littéralement donner de la chair à son travail.

Les avancées technologiques, que le GIFF (Geneva International Film Festival) accompagne depuis plusieurs années, ont aujourd’hui rendu possible le développement de The Enemy, une œuvre stupéfiante visible durant tout le festival (toutes les séances affichent complet), dans laquelle on est invité à partir à la rencontre de six combattants. Trois paires d’ennemis, en République démocratique du Congo, au Salvador, en Israël et en Palestine.

Le voyage dure quarante-cinq minutes. Dans un vaste espace aménagé au sein de l’Auditorium Arditi, on pénètre, muni d’un casque VR relié à un serveur que l’on porte dans un sac à dos, dans un musée virtuel. Dans chacune des trois salles que l’on visitera, on découvre deux tableaux. On s’approche, on entend Karim Ben Khelifa nous présenter les combattants qu’il a rencontrés. Un rideau s’ouvre, des avatars des deux ennemis pénètrent dans la salle. Libre à nous, dès lors, d’aller vers l’un ou l’autre, de faire des allers et retours ou d’écouter leur récit d’une traite. En fonction des réponses données à un questionnaire préalable interrogeant notre vision de la guerre et une éventuelle proximité avec l’un des trois conflits, le parcours diffère d’un visiteur à l’autre.

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Face aux deux Congolais, on est d’abord sidérés par la technique, par ces modélisations 3D des deux guerriers totalement fidèles, dans leur gestuelle et leur regard, aux personnes physiques rencontrées par le photojournaliste. Passé quelques secondes d’acclimatation, on écoute leur récit. Ils expliquent leur rapport à la violence, leur vision de la guerre mais aussi de la paix. Ils racontent comment ils tuent. On fera face ensuite à deux membres de gang salvadoriens, puis à un soldat israélien et un combattant palestinien, avant qu’un épilogue nous renvoie à notre propre image et à nos possibles préjugés.

L’expérience est profondément bouleversante – et mène à un véritable questionnement – lorsqu’on réalise que le dénominateur commun des personnes qui nous ont remercié de les avoir écoutées est le désir de protéger leur famille en même temps qu’une incompréhension de l’autre camp, de ces ennemis qui le sont parce qu’on leur a dit qu’ils l’étaient.

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