Aki Kaurismaki a justement diagnostiqué le tempérament neurasthénique de la Finlande, cette terre septentrionale imprégnée de fatalisme et d’aquavit. Son jeune compatriote, Teemu Nikki, poursuit l’analyse en omettant les éclats de couleur et la petite musique du tango. The Euthanizer pousse la noirceur jusqu’au nihilisme. Une jeune femme amène son chat dans un garage crapoteux et demande au responsable, un birbe à casquette aussi amène qu’une porte de prison: «Vous euthanasiez les animaux?» Le garagiste a cette réponse d’une inquiétante ambiguïté: «Entre autres»…

Veijo le taciturne s’est donné pour mission d’abréger la souffrance des bêtes. C’est sans états d’âme qu’il enferme les plus petits dans le coffre d’une bagnole arrangée pour absorber les gaz d’échappement; les plus gros, il les emmène dans la forêt et, sans ciller, leur met une balle entre les yeux.

Lorsque Petri, un minus méchant, voleur de pneus et aspirant membre d’un groupuscule facho (les Soldats de Finlande qui ont le racisme, l’homophobie et la biture pour programme), vient lui demander de tuer son chien, il refuse. Car l’exécuteur de nos amis à quatre pattes a une éthique: il n’élimine que les animaux malades ou malheureux. Veijo est un juste. Sa tâche consiste à garantir l’équilibre terrestre de la souffrance et du réconfort. Il amène du muguet à son vieux père malade, mais le lui écrase dans la figure car le grabataire a toujours été un salopard. Il botte le cul du pêcheur niant la douleur des poissons. Il inflige une sévère leçon sur le karma à la vétérinaire qui a écrasé un blaireau. Quant aux Soldats de Finlande, ils paient au prix fort leur cruauté envers les bêtes.

Et l’amour dans tout ça? Veijo en pince pour Lotta, qui est «très animale». Troublée par les activités de l’«Euthanasieur», cette infirmière rousse se donne à lui, avec pratiques strangulatoires pendant l’acte. La vocation d’ange exterminateur lui vient…

Montré à Toronto et à Fribourg, The Euthanizer extrait du quotidien le plus glauque une horreur qu’il distille savamment pour en tirer une comédie noire d’une cruauté et d’une dinguerie réjouissantes.


«The Euthanizer (Armomurhaaja)», de Teemu Nikki (Finlande, 2017), avec Matti Onnismaa, Jari Virman, Hannamaija Nikander, 1h25.