Attention, danger! Les images peuvent mentir, elles sont manipulables et la télévision ne se gêne pas pour leur faire dire n'importe quoi. Voilà globalement le propos, connu pour ne pas dire rabâché, que se charge de tenir The Frame, la dernière trouvaille japonaise du distributeur Trigon Films.

Adapté d'un roman de Hisashi Nozawa, le film porte un regard acerbe sur le monde de l'information télévisée. Un univers familier pour Satoshi Isaka dont c'est ici le troisième long métrage. En effet, le cinéaste japonais, né en 1960 à Tokyo, a travaillé pendant quatre années pour différentes chaînes nippones avant de réaliser son premier film de fiction, Focus (1997), qui évoquait déjà le milieu cathodique. Avec The Frame, Isaka puise à nouveau son inspiration dans son expérience personnelle et suit l'histoire de Yoko Endo, monteuse pour l'émission d'actualités très agressive et populaire d'une chaîne privée. Son dévouement professionnel exacerbé lui vaut une confiance aveugle de la part de ses employeurs et c'est à peine si elle arrive encore à consacrer du temps à son enfant, élevé par son ex-mari. Lorsqu'un mystérieux délateur vient lui soumettre un document vidéo, la jeune femme voit avec excitation la matière d'un sujet croustillant.

Bientôt diffusé, le reportage fait croire à la culpabilité d'un homme, Aso, sur la seule base d'un sourire équivoque que Yoko n'hésite pas à interpréter dans son montage spéculatif. Désigné comme un meurtrier, Aso parvient sans peine à démontrer son innocence. Mais le mal est fait et sa vie est brisée par l'accusation infondée. Dès lors, il se venge en harcelant Yoko, qui découvre parallèlement qu'elle a été manipulée par le mystérieux délateur.

Traité comme un véritable thriller, The Frame (qui signifie à la fois l'image, le cadre et le piège) ne manque pas d'efficacité. Le film avance comme un piège qui se referme lentement sur son personnage principal et installe une atmosphère oppressante, voire angoissante. On se laisse alors volontiers prendre au jeu, même si les règles sont déjà bien intégrées par tout spectateur un minimum familiarisé avec le suspense hitchcockien.

Posant la question de la responsabilité qu'entraîne la manipulation des images, le film dénonce la crédulité du public vis-à-vis des informations ainsi que le manque d'éthique pratiquée par la télévision. L'énoncé du propos est clair. C'est sur son développement que les réserves se portent. En effet, Satoshi Isaka s'applique un peu trop à vouloir démontrer une thèse dont les différents points manquent singulièrement d'originalité.

Avant tout réaliste, sa mise en scène s'en ressent et reste globalement dans la distance confortable de l'objectivité, se refusant à manipuler de manière conséquente le spectateur. Ainsi, le propos du film, pourtant focalisé sur la relativité de la perception des images, ne contamine que rarement sa forme. C'est sur ce point fondamental que Satoshi Isaka se différencie d'un Brian De Palma (Snake Eyes, Body Double, Mission: Impossible), dont les œuvres sont toujours des expériences du regard, jouant sans cesse avec le statut du spectateur.

Plus inspiré lorsqu'il s'agit de montrer la paranoïa grandissante de Yoko, dont les faits et gestes quotidiens sont filmés par un mystérieux vidéaste qui lui envoie ensuite ses cassettes, Isaka trouve une manière intéressante de confronter son personnage à la profonde vacuité de son existence.

Par le biais de ces images volées, Yoko se voit dépossédée de toute intimité et se retrouve dans une position d'impuissance assez terrifiante, ce qui n'est pas sans rappeler l'extraordinaire Conversation secrète de Coppola.

Quant à l'identité du vidéaste, savamment dissimulée, elle donnera lieu à une révélation finale peu crédible, mais dont l'idée s'avère particulièrement pertinente. Cinéaste moraliste, Satoshi Isaka trouve son véritable sujet lorsqu'il s'agit de montrer la volonté quasi pathologique de son héroïne d'accorder la réalité à l'idée qu'elle veut s'en faire.

Ainsi, Yoko reste convaincue de la culpabilité de l'homme qu'elle a faussement accusé et va jusqu'à truffer son appartement avec des caméras vidéo afin de le confondre. Enfin troublé par le sentiment paranoïaque que le film lui fait ressentir, le spectateur lui-même en arrive à mettre en doute l'innocence de cet homme. A défaut de fasciner, The Frame intéresse autant qu'il intrigue. C'est déjà bien suffisant.

The Frame (Hasen no malice), de Satoshi Isaka (Japon 1999), avec Hitomi Kuroki, Tetsuo Yamashita, Toshio Kakei, Akira Shirai.