Le dixième épisode de The Get Down est ébouriffant d’intensité dramatique, de densité. Les neuf épisodes précédents de cette fiction sur la genèse du hip-hop à New York, semblent avoir convergé vers cet acmé de sentiments, de débauche et de pudibonderie, d’espoirs et de déchirements. Le West Side Story dans un Bronx délabré, dans une Big Apple rongée jusqu’aux pépins, atteint son sommet, et touche le fond.

Il y a encore un chapitre pour clore, plus tranquillement, le spectacle; mais sans conteste, la série créée par Baz Luhrmann et Stephen Adly Guirgis a déjà prouvé son imposante place dans l’histoire de la culture populaire, cette culture dont elle raconte un moment majeur. Comme elle conte cette ville de New York avec une forte lucidité, ces terribles années 1970, ces quartiers en ruines comme dans un improbable après-guerre, sans compter les incendies souvent volontaires, pour détruire encore plus de bâtiments…

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L’une des plus grandes entreprises de Netflix à cette heure

Après avoir coupé la mini-série en deux parties pour cause de lenteurs de production et de budgets dépassés, Netflix a ouvert l’accès aux cinq derniers chapitres vendredi à mi-journée. Le site achève l’une de ses plus grandes entreprises en tant que mandataires de fictions, avec Narcos. Commençant à l’automne 1978, la seconde partie de The Get Down passe de manière tranchée de la lumière à l’ombre. Elle est parfois plus ludique, grâce au recours accru aux cases de bande dessinée à la manière de Dizzee, le futé du groupe, son graffiteur. Dans le même temps, les péripéties se révèlent plus sombres, puisque l’accointance entre ce marché nouveau de la musique de rue et celui de la drogue devient évidente. La jonction est opérée à travers la figure de Shaolin Fantastic, et dans le lieu dangereux par excellence, le club d’Annie, celle qui voudra engloutir toute l’énergie des nouveaux rappeurs.

Bien sûr, la fresque musicale demeure tendue, jusqu’au bout, par l’aventure du plus joli couple de télé du moment, le poète des rimes de scène Ezekiel (Justice Smith) et la superbe latino Mylene (Herizen F. Guardiola), laquelle va devoir batailler face à son père, qui veut mettre sa voix et sa popularité au seul service de son église.

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Le choc des boucles et du disco

Hip-hop balbutiant contre disco triomphante: le contexte culturel, et surtout économique, paraît plus dur dans la seconde partie, à mesure qu’une juteuse monétisation des boucles musicales des jeunes du Bronx devient imaginable.

The Get Down absorbe son spectateur par sa narration à enchaînements rapides, sans transitions ou à peine, un peu à la manière du Phantom of the Paradise du jeune Brian De Palma – à la thématique proche, et qiu date de ces années-là. Avec leurs auteurs et réalisateurs, Baz Luhrmann et Stephen Adly Guirgis ont conçu un opéra contemporain, pour la TV, mais en usant avec brio des codes et des élans de la scène lyrique. Et pour aboutir, évidemment au sublime déchaînement de l’épisode 9.

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