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«The Good Doctor», le médecin qui ne comprend rien mais qui sauve

La RTS a la primeur francophone de la diffusion de la nouvelle série du créateur de «Dr House», inspirée d’une fiction coréenne. Ce jeune docteur autiste va tirer quelques larmes dans les foyers

L’auteur de ces lignes est bon client, il a versé quelques larmes aux premiers épisodes de The Good Doctor, comme d’autres dans la salle, ce printemps, lors d’une projection durant Séries Mania, à Lille. Ça tombe bien, ce genre de fiction a pour caractéristique, entre autres, d’être tire-larmes.

Dès ce dimanche 19 août, la RTS montre The Good Doctor, peu avant la RTBF (puis TF1), et le succès est plus que prévisible: il semble garanti. Sur sa chaîne américaine d’origine, AMC (Disney), la série a eu un bon succès, à plus de 10 millions de spectateurs, même si l’audience a baissé au fil des semaines.

Dès l’aéroport, on sauve une vie

Le «Good Doctor», c’est Shaun Murphy (Freddie Highmore), jeune surdoué qui a récemment achevé ses études de médecine et qui quitte sa ville de campagne pour arriver à San Jose, la capitale de la Silicon Valley. Un hôpital veut l’engager. Mais il y a un hic, Shaun est atteint du syndrome d’Asperger. Le jeune homme se révèle médicalement génial et socialement nul – dans ce cas, incapable non seulement d’empathie mais de simple compréhension des mécanismes interpersonnels de base.

Cela ne va pas sans susciter une polémique au sein du conseil d’administration de l’hôpital. Certains jugent le risque trop élevé. Le gamin pourrait faire des erreurs. Pendant que les décideurs débattent, l’objet de toutes les attentions arrive à l’aéroport de San Jose, et le voilà qui sauve déjà un homme. Good Doctor, vraiment.

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Daniel Dae Kim a pesé de tout son poids pour la série

La série est cocréée par David Shore, pas lassé des couloirs blancs depuis Dr House. L’autre coresponsable est l’acteur d’origine coréenne Daniel Dae Kim, naguère pilier de Lost puis flic d’Oahu dans Hawaii 5.0. The Good Doctor adapte une série coréenne. C’est le comédien qui a insisté pour monter le projet aux Etats-Unis, s’adjoignant les services de l’auteur des aventures de House – une figure de toubib qui, entre deux pilules de Vicodin, ne faisait déjà pas montre d’une puissante capacité à évoluer en société.

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Le personnage joué par Hugh Laurie baignait dans son cynisme. Avec Shaun Murphy, c’est le contraire: l’éclatant médecin junior brille par sa candeur, laquelle le conduit parfois à des jugements étonnamment justes («les gens arrogants ne mentent pas»). C’est aussi un être en souffrance, marqué par un père qui le battait. Il a eu un frère adoré mort très tôt, seule créature au monde à avoir cru au génie de Shaun. Revenu des ambiguïtés de Bates Motel, dans laquelle il incarnait le futur assassin de la douche de Psychose, l’Anglais Freddie Highmore semble s’amuser à jouer la figure angélique.

L’asocialité comme accent de la solitude

Asperger et d’autres formes d’asocialité sont devenus banals dans les séries. Ces syndromes apparaissent grâce à une large palette, depuis les deux variations sur Sherlock Holmes (Sherlock et Elementary) jusqu’au casse-pieds Sheldon Cooper de The Big Bang Theory, sans oublier la Suédoise Saga Norén de The Bridge, qui s’est récemment effacée. Dans le cas de Shaun Murphy, la déficience sociale sert à accentuer la solitude du personnage face aux adultes établis voire puissants. Sa tragique histoire familiale complète le tableau d’un être aussi frêle que prodigieusement intelligent.

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L’autre atout gagnant dans la stratégie de The Good Doctor est le choix de la profession médicale, et du milieu hospitalier. Un contexte dans lequel chaque décision revêt un caractère dramatique, voire définitif. L’apparente fragilité de Shaun, due à ses balbutiements et à ses maladresses, cache la puissance de ses jugements, illustrée par des pages d’ouvrages de référence défilant à l’écran, pour bien montrer l’obsession mentale du personnage. Pis, son talent sur les corps se trouve bloqué par son propre corps, ses doutes et ses peurs, qui se traduisent par un constant besoin de se tenir à l’écart des autres.

Le corps déglingué permet de devenir normal

On pourrait trouver gadget cette condition psychologique du héros, mais elle a sa cohérence. Jugé anormal, Shaun ne se sent bien qu’avec ceux qui sont cassés, qui sont eux aussi en dehors de la meute. Dans son cas, l’isolement est mental, alors que ses patients ont le corps déglingué. Grâce à ces organes en compote, le docteur prodige peut s’imposer.

C’est là qu’arrivent les larmes de douce compassion. Par son efficace mécanique dramatique – on devine l’énergie émotionnelle coréenne dans les couches profondes du feuilleton –, la série conte la revanche d’un faible mais doué sur les forts et idiots, ou presque. Chaque sauvetage de patient, chaque opération réussie, accroît l’émouvant crédit du ténu héros. La deuxième saison commence le 28 septembre aux Etats-Unis. Gardez les mouchoirs.


«The Good Doctor». RTS Un, dès le 19 août, 20h55.

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