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The Hacker garde la fête froide

Le Grenoblois Michel Amato est l’un des rares producteurs électroniques français à avoir traversé le siècle.Il est l’un des invités de marque du festival genevois Electron

The Hacker, la fête froide

Musique Le Grenoblois Michel Amato est l’un des rares producteurs électroniques français à avoir traversé le siècle

Il est l’un des invités de marque du festival genevois Electron

Schadenfreude ou non? Vu d’ici, on ne peut s’empêcher de penser que la scène techno française a toujours, plus qu’une autre, souffert de son environnement socio-médiatique. Pris dans le vortex du Barnum, bien des noms disparaissent avant même qu’on ait eu le temps d’apprendre à les écrire correctement; des trouvailles stylistiques se font cannibaliser sous les projecteurs – meilleur exemple: la French touch, excellente idée… tant qu’elle était portée tout en innocence et en basses sourdes par Daft Punk période Homework (1997). Idoles brûlées, et quelques fois par auto-immolation.

On exagère. On caricature. La France est un vivier. Depuis 2005, chacun dans sa chapelle, de nouveaux noms patinent l’Hexagone d’un vernis de sérieux: Vitalic, Agoria, Kangding Ray, Mondkopf, Gesaffelstein… Surtout, au milieu de ce bouquet de fleurs coupées et de jeunes pousses, on trouve quelques plantes vivaces.

Michel Amato, alias The Hacker, en est une. Depuis le début des années 1990, ce Grenoblois trace un chemin sinueux, à la fois personnel et, par la courbure de ses virages, périodiquement en phase avec l’actualité des styles.

On l’a vu surgir par effraction en 1998, par le biais d’une collaboration qui fait encore date aujourd’hui: avec une autre Grenobloise bientôt aspirée par l’aire culturelle genevoise, Caroline Hervé (alias Miss Kittin), The Hacker sort un EP magique, 1982. En deux titres, une esthétique est lancée: rétrofuturisme 80’s (voire 70’s, tant les synthés qui badigeonnent le morceau éponyme ramènent vers Kraftwerk), froideur clinique, rythmes et lignes de basse en métronome, et un goût assumé pour la décadence festive – «Frank Sinatra», la seconde pièce du disque, imagine des scènes de carré VIP et des histoires de langues que la décence nous interdit de décrire, si ce n’est pour dire qu’elles sont assez éloignées des embrassades de Brejnev et Honecker…

Dans les souterrains dansants, dans les raves en forêt, la galette tourne sans s’arrêter. Un succès épidémique, qui fait lever l’oreille du prince d’alors de la techno sans afféterie: Helmut Josef Geier – DJ Hell pour les intimes – les signe sur son label, International Deejay Gigolo, et sort leur First Album en 2001. En entrant dans la maison munichoise, The Hacker participe ainsi à la création d’une nouvelle école, assez vite baptisée electroclash, et que l’on pourrait résumer sous les traits d’un grand collisionneur sexué des années 80 (techno, mais aussi new wave, EBM, etc.). Bande-son de la première décennie du nouveau millénaire, elle vit éclore des noms qui pour certains résonnent encore (The Hacker donc, mais aussi Tiga, ou encore Zombie Nation) alors que d’autres se sont faits pour ainsi dire muets: David Carretta (encore un Français passé sous le balayage radar), ou Fisherspooner…

Le parcours de The Hacker ne se résume toutefois pas au compagnonnage kittinien, même si un second album du duo, Two (si si…), sortira en 2009. Amato sort de l’ombre à intervalles mesurés, pour des albums qui creusent toujours un peu plus sa veine noire: Mélodies en sous-sol (GoodLife, 1999), Rêves mécaniques (Different, 2004), X (Different, 2008). Les ingrédients restent les mêmes, mais la recette se raffine: si The Hacker est clairement inféodé aux songeries cybernétiques, il les concrétise avec un savoir-faire de la fête plutôt difficile à prendre en défaut. Ses disques en imposent: la rythmique percute, à la fois large et sèche, et le travail effectué sur la modulation des synthétiseurs (basses qui vrombissent, décrochements subits) parvient sans aucune peine à secouer l’auditeur par la nuque.

Aujourd’hui, The Hacker poursuit ses courbes. A 42 ans, «le parrain», comme on le surnomme parfois dans la presse française, croise le parcours de la jeune génération: en 2009, il fondait un nouveau label, Zone, avec Gesaffelstein – un nouvel album en deux parties, Love/Kraft, y a été publié l’an passé. Rendez-vous à la prochaine boucle.

The Hacker. Di 5 avril à 1h30. Palladium, place des Volontaires 4, Genève. Dans le cadre du festival Electron.

A 42 ans, «le parrain» croise le parcours de la jeune génération

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