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«The Haunting of Hill House», les hantises intérieures

La nouvelle série d’épouvante de Netflix adapte un classique de la littérature fantastique. Elle raconte surtout l’histoire d’une famille déchirée, que révèle la maison hantée

Hill House se dressait toute seule, malsaine, adossée à ses collines. En son sein, les ténèbres.

Voilà qui figure dans le premier paragraphe du roman Maison hantée (The Haunting of Hill House), de Shirley Jackson, classique de la littérature fantastique de 1959, disponible chez Rivages. Netflix propose une adaptation du roman fort éloignée, mais pas infidèle, moins histoire d’horreur que fable sur une famille qui se dévore.

Il est impossible pour un œil humain de visualiser isolément la coïncidence malheureuse des lignes et des espaces qui, réunis dans la façade d’une maison, lui donnent l’air de respirer le mal.

Le roman: dans ce bâtiment à pignons et tourelles – d’où l’on peut se pendre –, le professeur Montague, parapsychologue en quête de reconnaissance, invite deux jeunes femmes dotées de quelques pouvoirs afin d’analyser la maison, en compagnie du fils de la propriétaire. La romancière créait Eléonore et Théodora, deux beaux personnages de femmes, l’une libre et pétillante, l’autre introvertie en cours d’émergence. Cette résidence, qui dure une semaine, a pour but de noter les événements bizarres qui doivent se produire dans cette maison réputée hantée. Cela finit mal.

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C’était une maison sans gentillesse, qui n’était pas destinée à être habitée.

Adapté à plusieurs reprises au cinéma, à commencer par Robert Wise (La maison du diable, en 1963), le roman de Shirley Jackson est repris dans la série comme une matière initiale, non une fondation. Le cinéaste Mike Flanagan, qui a récemment porté sur grand écran le Jessie de Stephen King, s’empare de la maison hantée pour la situer à la genèse de son histoire, pas en son centre. Personne n’entre dans la maison pour y mourir de frayeur: en fait, les sept personnages principaux, au total, y ont vécu naguère. Et ils en paient le prix.

La maison raffermissait son aplomb autour d’eux et les localisait.

The Haunting of Hill House commence des années après le séjour d’une famille dans la sinistre demeure, les Crain. La mère est décédée durant la nuit de leur fuite, dans des circonstances qui constituent l’un des grands secrets de l’histoire. Le père a survécu, constant naufragé, en Floride. Les cinq enfants, trois sœurs (dont une Eléonore et une Théodora) et deux frères, ont pris leurs distances les uns des autres. L’un des frères publie des livres sur des maisons hantées et des possessions, dont le compte rendu de leurs propres malheurs, ce qui lui vaut la détestation de presque tous les autres.

Je pense qu’une ambiance comme celle-ci peut régler les failles, les défauts et les points faibles de chacun d’entre nous et nous détruire en l’affaire de quelques jours.

Le feuilleton de 10 épisodes commence par la mort de l’une des sœurs. Une autre, employée de pompes funèbres, insiste pour s’occuper de son corps. Le deuil, qui semblait déjà rester le seul liant des cinq enfants après la disparition de la mère, les rassemble à nouveau, pour le meilleur et le pire.

Contrairement à ce que laisse penser la lourde promotion de la série, The Haunting of Hill House n’accumule pas les effets horrifiques et les frayeurs. Elle fait peur, oui, à l’image de la mythique maison dont elle arpente les couloirs, avec ces horribles coups contre les murs venus de nulle part. Les flash-back renvoient aux nuits d’épouvante vécues par les filles et les garçons. L’épisode 1x06, qui entrecoupe veillée funéraire actuelle et déchaînement de naguère dans la bâtisse, noue une tension vraiment effrayante, au moyen de plans-séquences.

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Le véritable danger du surnaturel est qu’il s’attaque au point le plus faible de nos esprits modernes, là où nous avons abandonné notre armure protectrice de superstition sans la remplacer par un autre moyen de défense.

Mais il est surtout question de hantises intérieures. Le contexte de funérailles peut faire penser à Six Feet Under, et le parallèle n’est pas si tarabiscoté. C’est une famille déchirée qui se livre peu à peu, et qui montre son impuissance initiale à surmonter le traumatisme. «Personne ne me croit», ne cesse de se plaindre le petit Luke derrière ses lunettes-loupes, quand il a vu un zombie au sous-sol; adulte, c’est un camé jusqu’au bout des cheveux, qui répète la même complainte. Sous les lambris tremblants et derrière les portes hurlantes, The Haunting of Hill House conte une faillite familiale dont le prix, sans doute presque toujours, est la mort.

Dieu du ciel, à qui était cette main que je tenais?

Mike Flanagan a fait un choix original par rapport à la vénérable source dont il s’est inspiré, et il apparaît plus fidèle qu’il n’y paraît. L’édifice dans les collines ne représente plus l’enjeu du moment présent, mais le poids du passé qui fait souffrir à chaque instant. Dans les deux cas, la maison révèle des angoisses fatales.


Les citations du roman Maison hantée proviennent de la traduction de Dominique Mols, Le Masque fantastique, pages 5, 41, 42, 68, 145, 162, 190, traduction reprise par Rivages.

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