le temps des séries TV

Cette femme honorable

La réalisation de The Honourable Woman séduit par ces détails sur lesquels elle s’attarde, à plusieurs reprises durant les épisodes. Les mains, par exemple. Elles sont régulièrement filmées en gros plan, parfois entourées d’un léger flou. Une main posée sur un mur alors que l’action avance, une autre sur le haut d’un canapé dans une scène de tension, une troisième qui se balade dans le vide et l’expectative… La mini-série d’Hugo Blick a cette élégance du détail stylistique, alors qu’elle embrasse un sujet large. Et compliqué.

Il est question d’affaires, du conflit israélo-palestinien et de secrets personnels. La femme honorable, et anoblie, est l’héroïne, Nessa Stein (Maggie Gyllenhaal). Fille d’un industriel fameux d’Israël, assassiné sous ses yeux lorsqu’elle était enfant. Elle et son frère ont repris l’entreprise. Après une rocade, elle la dirige. La compagnie mêle argent et bonne cause, cherchant à relier les communautés de ce Proche-Orient déchiré.

Le feuilleton commence alors que Nessa choisit d’attribuer un important contrat de pose de fibres optiques à un Palestinien, provoquant la fureur d’un vieil ami, israélien, de la famille. Le mandaté n’apprend pas sa victoire, il s’est apparemment pendu avant la cérémonie d’annonce du contrat. Peu après, un enfant dont s’occupe une amie proche, arabe, de Nessa est enlevé. On découvre que, huit ans auparavant, les deux jeunes femmes avaient été enlevées dans la bande de Gaza, un isolement long de plusieurs mois qui a des conséquences sur le présent…

Parue ces temps en DVD, montrée au dernier Festival Tous Ecrans, The Honourable Woman mérite les concerts de louanges multiples qu’elle a reçus. Elle nécessite un effort dans les premiers temps, intrigue et protagonistes sont sinueux. Complexe, mûre, cette série de huit épisodes prend au mot l’émancipation de la fiction TV, et le goût d’exigence du public. D’autant plus qu’elle aborde le conflit le plus enlisé qui soit. Auteur, réalisateur et producteur, Hugo Blick ne prétend pas raconter la tension israélo-palestinienne; mais il a ce courage de s’en emparer, d’en faire même un élément moteur de son thriller d’espionnage et de politique. Cet ensemble confère son caractère unique à The Honourable Woman, portée par la BBC. Et dont la profondeur trouve son contrepoint dans ces plans de détail, ces mains qui esquissent en silence les arêtes d’un conflit.