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«The Hot Zone», série de National Geographic, la panique ancien style

Une minisérie avec Julianna Margulies et Liam Cunningham raconte les jours, véridiques, où le virus Ebola a failli être répandu aux Etats-Unis. Sujet original, réalisation lourdaude des années 1990. L’amateur de séries mesure combien il est devenu exigeant et flegmatique

The Hot Zone raconte un épisode glaçant, en terres occidentales, de l’histoire des épidémies. Ces jours de 1989 où, à moins de 30 kilomètres de Washington, le virus Ebola a failli s’échapper de locaux confinés et envahir le territoire américain. La minisérie dévoilée ces temps en Europe par National Geographic, qui l’a commanditée, a l’originalité de cette histoire, vraie, et le défaut d’une réalisation des années 1990.

Les épisodes voyagent entre le drame du présent et les fouilles du passé. Au Congo, dans les années 1970, le chercheur Carter (Liam Cunningham, naguère Davos dans Game of Thrones) et son collègue Rhodes (James D’Arcy) sont confrontés à la maladie au cœur des forêts. Depuis, le premier est devenu un paria de l’establishment scientifique, tandis que le second a pris du galon dans le réseau des centres américains de contrôle et de prévention des maladies.

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Le risque d’une fuite de virus

Carter a formé Jaax (Julianna Margulies), une biologiste qui travaille dans un laboratoire de l’armée avec son mari (incarné par Noah Emmerich, récemment vu dans The Spy). Lorsque le chaos s’invite dans son installation et alentour, elle se tourne vers lui, ce qui ne va pas sans tension avec sa hiérarchie. Mais l’heure est grave: à la suite d’une succession d’erreurs humaines, les singes d’une animalerie pourraient s’échapper, certains portant la fièvre tueuse. En sus, la souche évoluerait, deviendrait de plus en plus complexe, donc difficile à dominer.

L’histoire alterne ainsi entre le suspense du moment, avec ce risque constant d’une propagation, et les tribulations du tandem d’explorateurs, qui vont conduire Carter à commettre un geste condamnable, selon le point de vue. Ce qui lui a valu son bannissement.

Avec la société de Ridley Scott

Encore peu porté sur les fictions, National Geographic a voulu bien faire en mettant des moyens appréciables dans l’aventure et en s’associant avec la compagnie de Ridley Scott. Basée sur le livre du journaliste Richard Preston, qui avait enquêté sur l’affaire en 1992, The Hot Zone, créée par James V. Hart avec un groupe de scénaristes, se déroule sans accroche, a le mérite de raconter ce pan peu connu de l’épidémiologie américaine – et, au demeurant, de l’histoire militaire du pays.

Le problème vient d’une réalisation lourdaude, datant d’avant le nouveau bond qualitatif des séries. Par exemple, les «zim-boum» toutes les 15 minutes. Comme au temps des bons vieux découpages publicitaires, chaque épisode se soulève avec un cliffhanger interne, et le maestro Sean Callery orchestre un grand coup de cymbale ou autre instrument retentissant. Il faut bien marquer le coup, faire sursauter le spectateur en attendant de le retrouver.

Charme désuet

The Hot Zone passe ainsi ses chapitres à se contorsionner, à s’enrouler puis se dérouler avec l’énergie d’une machine en bois de fête foraine qui défierait le badaud avec un coup de pied aux miches. Narrativement, la série ressemble à une hélice ADN qui aurait la fièvre – au moins, c’est en phase avec le thème de la fiction.

Au début, ces gesticulations scénaristiques ont quelque charme, un peu désuet. A la longue, il faut admettre qu’elles lassent. Le sériephile de 2019 mesure à quel point HBO, et à présent Netflix, ont changé la manière de raconter une histoire en série. Ces fébrilités d’avant la pause pipi ont laissé la place aux narrations élastiques, dilatées, parfois presque tranquilles, en tout cas bien plus nuancées et variées que le seul énoncé narratif axé sur le compte à rebours de plus ou moins 15 minutes.

Le spectateur est devenu à la fois plus exigeant et plus flegmatique. Il encaisse l’ennui, il jouit de langueurs, il se délecte de soudaines précipitations, après les accalmies. Avec ses grands chocs et ses «zim-boum», The Hot Zone bénéficie de sa patine, mais en souffre aussi.

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«The Hot Zone». Minisérie de six épisodes, disponibles. National Geographic, via Canal + notamment.

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