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Image extraite du clip «La Di Da».
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Musique

The Internet sur un nuage

Le quintet californien offre «Hive Mind», quatrième album solaire et bande originale d’un été infini où le R’n’B se rénove

Pour traverser cette saison estivale, on avait d’abord misé sur Summertime Magic, petite chose merveilleuse signée Childish Gambino et qui nous accompagnait quand l’album de The Internet nous est brusquement arrivé. Pas d’effet d’annonce, de tapage ou d’arrogance, ici le vaisseau angelin joue une soul béate taillée pour les corps-à-corps amoureux, ignorant les querelles d’ego qui fondent le quotidien du R’n’B. Aussitôt, on s’est attaché.

On s’est attaché, car dans le paysage ultra-concurrentiel et souvent tristement aseptisé du hip-hop américain, le groupe fondé par la chanteuse Syd Bennett et le producteur Matt Martians apparaît comme un OVNI. Rien de froid, d’efficace, d’immédiatement convaincant chez ces gens réunis après la dislocation en 2015 du collectif rap Odd Future. Dans leur attitude, rien non plus qui convoque instantanément le désir, produise du discours ou génère quelques fantasmes.

Présenté comme l’association de cinq individualités possédant chacun leur propre projet, The Internet ignore le glamour si précieux à la plupart de ses confrères, et néglige les lignes mordantes qui fondent le standard du rhythm and blues actuel. Old school et accessible, mais surtout savant et habile, le groupe délivre banane aux lèvres un funk érotique bourré de fantaisie fine, offrant aujourd’hui une suite sereine à Ego Death (2015), disque heureux leur ayant valu des soutiens fameux, de Pharrell Williams à Janelle Monáe.

Tournée avec Gorillaz

Ainsi, Hive Mind («esprit de ruche») sent la soul du passé et les intrigues de lycée; les faubourgs californiens désertés et les garages encombrés des villas de banlieue; la tension des flirts prolongés et les danses légères qui succèdent aux barbecues arrosés. A la première écoute, on pourrait lire dans cet album bardé de tubes hédonistes (La Di Da, Roll) ou voluptueux (Hold On) la bande originale d’une Amérique rêvée. Une nation immature et certaine de sa toute-puissance où des adolescents sains, promis à devenir de «bons citoyens», foulent gaiement des pelouses taillées au ciseau. Bien sûr, on serait dans le faux.

Car derrière ses manières engageantes et les tours sorciers de son jeune guitariste Steve Lacy (entendu chez Kendrick Lamar, notamment), The Internet est d’abord affaire de rupture: résolument libre, rétif au succès d’envergure, refusant crânement d’entrer dans le moule, il s’assoit sur les mensonges de son époque, rêvant haut en empruntant à la langue des «vieux»: Roy Ayers, George Clinton, Prince ou D’Angelo.

Formation née de la génération web, mais en refusant net le narcissisme, le gang avance ainsi un pied dans le passé, l’autre à LA, sans prétendre à «aucune formule magique», jamais. «On est juste ces gars sur la pochette», clame d’ailleurs Syd Bennett, figure LGBT qui de sa voix nuageuse évoque la mort et l’ego, la chair et l’appétit, la lutte et l’homosexualité dans les Etats-Unis de Trump. Discrets en Europe, les Californiens embarquent ces jours en première partie de la tournée nord-américaine de Gorillaz.


The Internet, «Hive Mind» (Columbia/Sony Music).

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