On la surnommait à l’époque la «Paris de l’Est». Et pour cause: en 1937, Varsovie arbore de nouveaux quartiers, des façades cossues, un mode de vie à l’occidentale. Et de profondes divisions. En particulier celles qui opposent le Parti socialiste polonais (PPS) et le Camp national-radical (ONR), mouvement d’extrême droite inspiré par les fascistes italiens. Dans la capitale, ils se disputent les rênes du pouvoir et des rues de la ville. Une rivalité que The King illustre, dès les premières minutes, on ne peut plus clairement: au milieu d’un carrefour étrangement désert, les deux factions se font face, rangs serrés, banderoles au vent et regards mauvais. Avant d’en venir aux mains et au sang, évidemment.

Dans ce bras de fer, un loubard a visiblement l’avantage: Jan Kaplica, ancien combattant juif lors de l’indépendance polonaise devenu grand patron du PPS. On le découvre en chapeau melon, moustache à la Hercule Poireau, foulard en soie et grosse voiture, quand il ne déguste pas un homard – on est loin de l’attirail du parfait syndicaliste. C’est parce que Kaplica, dit «Tonton», est le chef d’une organisation qui, tout en déclarant la guerre au fascisme et à la bourgeoisie, a la fâcheuse tendance d’exploiter les petites gens des quartiers nord. Une mafia, au sens premier du terme: rampante, impitoyable et impunie. A la fin de l’affrontement du carrefour, Kaplica est embarqué par les policiers mais aussitôt relâché sous ordres du premier ministre, un «vieux camarade».