Cinéma

«The Meg» ou les méga-dents de la mer

Il est aussi long qu’une dizaine de grands requins blancs mis bout à bout: bienvenue au mégalodon, revenu du pliocène et échappé des abysses. Il montre des mâchoires dans un film qui sort ce mercredi

Balèze, le mégalodon. En un coup de mâchoire, il était capable de briser une baleine comme un vulgaire grissini. Ce requin préhistorique pouvant mesurer une bonne vingtaine de mètres a disparu il y a plusieurs millions d’années, vers la fin du pliocène. A moins que… Il y a cinq ans, la chaîne Discovery Channel diffusait un documentaire suggérant que ce prédateur géant serait peut-être encore en vie. Seule une mention signalait durant le générique qu’il s’agissait là d’une légende. La plupart des téléspectateurs ne l’ont pas vue et c’est ainsi que le mégalodon est revenu hanter l’imaginaire collectif.

43 ans après «Les Dents de la mer»

Toujours à l’affût d’une bonne idée, des producteurs se sont dit que, un peu plus de quarante ans après le fondateur Les dents de la mer, de Steven Spielberg, en proposer une version XL serait probablement une bonne idée, commercialement parlant du moins. Car c’est un fait, les monstres préhistoriques sont revenus à la mode, le deuxième volet de la franchise Jurassic World lâchant même un mosasaure – plus petit que le mégalodon quand même – dans les eaux troubles du Pacifique. En eaux troubles, c’est d’ailleurs le titre français, mauvais, de The Meg, blockbuster estival qui à son tour cherche à rendre plausible la survivance d’une espèce éteinte.

L’hypothèse avancée est celle d’un écosystème caché aux tréfonds de la fosse des Philippines, dont la profondeur atteint plus de 10 kilomètres. Cette mer dans la mer est protégée par une couche de gaz plus ou moins solide qu’un sous-marin va rompre… Cinq ans auparavant, lors d’une mission de sauvetage dans ces abysses, Jonas Taylor (Jason Statham) avait senti la présence d’une créature et abandonné une dizaine de personnes afin d’en sauver le même nombre. Il porte encore les stigmates de cette décision lorsqu’un océanographe chinois vient le supplier de retourner dans les ténèbres de la fosse, où une de ses équipes d’exploration est piégée. Il hésite, il accepte, il descend, et voilà qu’il voit enfin la bête: «C’est un mégalodon, je suis heureux de ne pas être fou!»

Suspense, humour et romance

Quel intérêt y a-t-il à proposer un énième film de requin, avec pour seul argument de proposer aux spectateurs un squale plus grand et plus méchant? A priori aucun, en dehors donc de l’appât non pas du gros poisson, mais du gain. Reste qu’En eaux troubles est un film d’action et d’aventures tout ce qu’il y a de digne, dans son genre, avec un équilibre assez bon entre les séquences à suspense et un humour porté par des personnages ultra-typés, à l’image de Jack Morris, le milliardaire philanthrope mais passablement crétin finançant les recherches du Dr Zhang. Sans oublier la romance de rigueur qui va voir Jonas succomber, après avoir sauvé son ex-femme, aux charmes de Suyin, la fille de Zhang. Qui, elle, a été quittée pour une prof de pilates.

A lire: Les requins dans les filets de l’ADN

En 1993, après trois longs métrages qu’il doit avoir lui-même oubliés, Jon Turteltaub se faisait connaître avec Rasta Rockett, comédie honnête sur l’improbable aventure olympique d’une équipe de bobsleigh jamaïcaine. Il a depuis signé des divertissements regardables à défaut d’être brillants – Phénomène, Instinct, Benjamin Gates et le trésor des Templiers, L’apprenti sorcier, Last Vegas. Son savoir-faire est ici suffisant pour permettre à En eaux troubles d’être un film visuellement efficace, jouant plutôt bien avec l’immensité des mers asiatiques – le film est coproduit par la Chine et possède quelques dialogues en chinois – et le mythe de Jonas et la baleine.


En eaux troubles (The Meg), de Jon Turteltaub (Etats-Unis, Chine, 2018), avec Jason Statham, Bingbing Li, Rainn Wilson, Cliff Curtis, Winston Chao, 1h53.

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