Musique

The Mondrians, un dernier album pour la route

Absents de l’univers musical pendant quatre ans, le groupe romand revient avec un nouvel album. Le dernier peut-être, le plus fouillé sûrement

Ils s’étaient évanouis parmi les anonymes. Quatre ans d’absence, emportés par la vie, les études, les devoirs. C’est la nostalgie qui les a rappelés à la musique. Ils se sont revus, ont à nouveau réuni leurs instruments, dont cet orgue qu’Alric était allé chercher le jour où il a reçu son permis de conduire, il y a dix ans, dans le fin fond du Gros-de-Vaud. Le résultat tient en onze titres. Il s’appelle Avalanche et c’est le troisième album des Mondrians.
On les retrouve un matin dans un café à Lausanne. Ils sont deux à avoir pu venir: Alric, l’un des deux guitaristes et Laurent, le batteur. Maxime, l’autre guitariste et Louis, le bassiste s’étaient excusés.

Les deux compères arrivent à vélo. Chemise ajustée pour l’un, pull en laine pour l’autre. Ont-ils renoncé à leurs jeans slim et leurs Converse, inséparables accessoires à leurs débuts? «Ça n’a pas été facile de lâcher ces vêtements, mais c’était le moment», sourit Alric. Après deux albums en 2009 et 2011, ils étaient passés à autre chose. «On a eu la sensation d’avoir fait le tour de ce qu’on pouvait faire.» poursuit-il. Mais c’est Maxime, désigné comme pilier du groupe par ses pairs qui a tout entrepris pour les réunir à nouveau, juste avant que leurs vies ne divergent.

Le groupe avait pris forme en 2005 dans le préau du collège de Saint-Maurice. Alric se souvient: «Louis avait remarqué que je portais un badge des Led Zeppelin sur mon sac. Il m’a abordé, alors que je venais de répondre à leur annonce laissée en ville, à Monthey. Ils cherchaient à remplacer leur second guitariste pour leur groupe qu’ils venaient de baptiser les Mondrians.» Très vite et sans même avoir encore d’album, ils passent de scène en scène et jouent même aux Eurockéennes de Belfort et au Paléo. Ils se prennent au jeu et sortent leur premier album. Le guitariste s’en amuse: «On voulait conquérir le monde, vivre comme nos idoles, faire la fête et casser des chambres d’hôtel.»

Laurent les a rejoints plus tard, pour le second album, To the Happy Few. «A ce moment, on était déjà passé à autre chose, on voulait juste partager notre musique» continue Alric. «Nos attentes ont été en decrescendo au fil des années. On a fini par abandonner l’idée de devenir riches grâce au rock, mais arrêter les Mondrians, sans dernier album, aurait été triste.»

Avalanche se présente comme plus personnel, il relate une volonté intime de refaire de la musique ensemble, car depuis 2012, ils n’ont jamais cessé d’écrire, chacun de leur côté. «Ce disque est pour nous plus un album de photos. Il marque la fin d’une ère. Maintenant, on fait autre chose.» soulignent les deux musiciens.

Autour du café qui se refroidit, on sent une certaine mélancolie. Alric et Laurent parlent plutôt du pessimisme amusé d’une trentaine imminente. Ils ont grandi, leurs goûts musicaux ont changé. Alors que Maxime reste fidèle au rock, celui qui n’a de cesse d’influencer les sonorités de leurs chansons, Louis s’intéresse aux groupes contemporains, Alric se laisse séduire par le jazz et Laurent par la chanson française. «La vie de rockeurs, on l’a vécue. Les filles qui nous forçaient à les embrasser et les gens qui nous arrêtaient dans la rue, on a déjà connu, ironisent-ils. Aujourd’hui, on n’est plus dans le même monde qu’avant.»

Alors que le premier se passionne d’aviation, l’autre s’apprête à sortir un roman. Tous deux pratiquent temporairement le métier de coursiers à vélo dans la ville de Lausanne. Quant aux deux absents, leurs études terminées, c’est vers les milieux du cinéma et de la médecine qu’ils se dirigent.

Dans ce contexte, leur album prend des airs de lettre d’adieu. Sorti en vinyle et disponible en téléchargement sur la toile, il est sobre et soignée. En noir blanc, à la fois onirique et inquiétante, une montagne méditerranéenne orne la pochette. On y retrouve par moments leurs influences de l’époque. On voyage parmi des ambiances atmosphériques où les solos et les boucles enivrants laissent l’imaginaire voguer au gré des arpèges.

Dans les paroles, ils insufflent leurs souvenirs. Il y a ces observations glanées au fil des rues d’une ville en pente, dans le planant «Broken skies». On croise un cousin à bord de sa chenillette que la nuit enneigée englouti dans la froide féerie du bel «Avalanche». On partage les souvenirs échauffés de «Santa Margherita» sur fond de surf. On attend cet ami disparu et espéré dans «Jungle». Ou on décrypte le non-sens des mots qui s’accrochent les uns aux autres dans l’ivresse de «Eclipse valaisanne».

Le groupe semble avoir apprivoisé son univers. A l’entendre, on peine à croire que cet album sonne le glas de son parcours musical. Laurent glisse, mystérieux: «A 30 ans, soit on abandonne ses rêves, soit on les poursuit.»
Le temps d’une tournée romande, ils les poursuivent. Sous les projecteurs, comme à l’époque, ils vivent l’instant à la manière d’une catharsis. Une façon, disent-ils, de digérer les années passées et futures en se liant au présent.

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