rock

The National, champions du monde

Les Américains étaient grands, ils atteignent des sommets avec un cinquième album renversant

Longtemps, on a cru écouter, avec The National, une de ces histoires musicales que la récurrence insistante contribue à rendre tristement banales. Voilà donc l’histoire, encore une, d’une formation dont la portée artistique, la haute tenue et la cohérence des propos ont eu jusqu’à hier autant de densité que la brume médiatique dans laquelle elles baignaient. Depuis sa naissance, en 1999 dans l’Ohio, le quintette établi depuis à Brooklyn a agité, il est vrai, des sphères toujours plus larges d’observateurs de la scène rock indépendante, à mesure que sortaient des studios des pépites nouvelles et toujours plus élaborées. The National a ainsi touché de près une notoriété robuste avec Alligator (2005) et surtout avec l’immense Boxer (2007), sans jamais quitter pourtant les bacs des formations influentes et méritant un culte certain.

La donne changera sans doute avec High Violet, qui pousse un peu plus loin les bornes déjà inatteignables de l’élégance sobre et limpide propre au groupe. De sorte qu’écouter ce cinquième album signifie d’entrée être confronté à la clôture d’une trilogie heureuse qui met en scène depuis 2005 une ascension artistique irrésistible et, espérons-le, une probable sortie de l’état de discrétion qui accompagne Matt Berninger et ses complices. High Violet est donc le meilleur album qu’ait commis The National. Non pas que le groupe se soit mis à parcourir de nouvelles pistes, insoupçonnées jusque-là, non. C’est, au contraire, parce que le quintette continue de labourer le même sillon avec une application têtue, en ajoutant à sa démarche, de manière timide, des orchestrations enrichies, ou encore des chœurs à peine audibles. Des archets, des vents et des voix, qu’on retrouve notamment dans «Afraid of Everyone», dans l’entêtant «Bloodbuzz Ohio», ou encore dans l’imparable «Conversation 16»; des touches qui accompagnent plus qu’elles ne portent les chansons, comme des lignes cosmétiques à peine posées sur un visage.

Parce que – faut-il le rappeler? – l’essence de The National est ailleurs. Dans une identité sonore compacte, qui rend le groupe unique et immédiatement reconnaissable. Dans ses lignes mélodiques simples et efficaces (le bluffant «Anyone’s Ghost»), supportées par des percussions aussi impeccables qu’asséchées. Et dans le ton de cette musique, enfin, qui demeure à chaque instant dans un entre-deux fait de propos feutrés et de rage qu’on devine contenue avec peine; un ton sublimé par la voix caverneuse de Matt Berninger.

Il y a deux ans, avec la parution de Boxer, les plus téméraires, voire les effrontés, posaient sur la tête de The National la couronne de la plus grande rock band de la planète. Deux ans plus tard, le titre est conservé, si bien que le mettre en discussion passerait aujourd’hui pour une ineptie impardonnable.

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