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The Raconteurs, une histoire qui mord au Montreux Jazz

Le groupe du charismatique Jack White élève l'art de la régression avec un voyage maîtrisé dans le rock américain et sudiste des années 70.

Il veut faire croire qu'il joue la discrétion, Jack White. Au centre de la scène du Miles Davis Hall, on cherche sa silhouette arrondie, sa tignasse noire et son visage maladivement pâle. On retrouve le chanteur et guitariste dans un angle mort et décalé. Il suffit pourtant que sa voix éraillée se manifeste pour que sa tentative d'effacement s'écroule misérablement et que le véritable meneur de la troupe surgisse avec naturel. The Raconteurs, projet conçu par la moitié des White Stripes, est entouré ici d'une bande d'amis de longue date. Un fait confirmé par le concert explosif de mardi soir. Sans lui, il n'en serait rien de cette prodigieuse usine sonique, de ce groupe américain imprégné d'une pâte musicale surannée, recherchée avec manie et remise au goût du jour par le leader natif de Detroit et citoyen adoptif du Tennessee.

A Montreux, The Raconteurs fait étalage de cette marque esthétique. Il déballe un savoir encyclopédique qui puise ses recettes au cœur des années 70 et fait revivre un mélange de blues électrique, de hard rock, de country sudiste et de portions substantielles de psychédélisme. L'effet de cette réminiscence a le pouvoir d'aplatir les trois décennies qui nous séparent du présent. Il suffit de fermer les yeux pour croire en un parachutage improbable, pour entendre les riffs, le lyrisme et la rage de Led Zeppelin, de Who et de Badfinger. Pour leurs détracteurs, la démarche du groupe relève aux mieux de la ringardise, d'un voyage peu raisonnable en 2008. Ce qui n'est pas erroné si on s'en tient uniquement à sa volonté obsessionnelle de reproduire à l'identique une époque révolue. En réalité, les Raconteurs disent beaucoup plus.

Derrière ce contenu daté, une forme qui coupe le souffle. En appelant des musiciens qu'il connaît pour les avoir en partie produits, Jack White s'est libéré de la formule étroite du duo White Stripes. Une batterie (celle de Meg White) et une guitare formaient un dispositif propre à boucher rapidement les horizons artistiques. Alors que le binôme responsable de l'hymne planétaire «Seven Nations Army» semble avoir tout dit en quelques albums, le quatuor ne cesse de bouleverser avec des moyens puissants.

Sur scène, The Raconteurs dispose d'un savoir qui sonne comme une leçon pour la moitié de la galaxie rock. Le groupe réinvente et enrichit avec des arrangements inédits son répertoire discographique. Il le transfigure et lui donne des formes insensées, avec un goût prononcé pour la complication baroque. Le tube simplet «Steady, As She Goes» devient ainsi un labyrinthe. Ballades chaloupées et morceaux nerveux de leurs albums (Broken Boy Soldiers en 2006 et Consolers of the Lonely en 2008) s'alignent dans une tension de fond constamment maîtrisée. En cela, Jack White et son coleader, le songwriter Brendan Benson sont des scientifiques des enchaînements: s'ils peuvent se perdre parfois dans des dialogues poussifs entre guitares, ils n'ont pas leur pareil pour raviver la tension avec des crescendos imparables. La deuxième partie du concert prend alors l'allure d'une ascension lente et constante qui finit par faire chavirer la salle.

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