Brady a ce don de savoir murmurer à l’oreille des chevaux. Face à cette bête magnifique mais farouche, que son propriétaire n’est jamais parvenu à monter, il devient danseur et chorégraphe, confident et thérapeute. Il parle à l’animal, le rassure, le séduit, puis finit très naturellement par s’installer sur sa croupe. La séquence est aussi simple – filmée sans vouloir en faire un morceau de bravoure – que profondément émouvante. Et incarne à elle seule la puissance de The Rider.

Chloé Zhao est née à Pékin, elle a 36 ans. Elle a très tôt ressenti le besoin de raconter des histoires, s’est essayée à l’écriture et à la peinture avant de s’orienter vers le cinéma, qu’elle étudiera à New York. Son premier long-métrage, Les Chansons que mes frères m’ont apprises, est sélectionné en 2015 à Sundance puis à Cannes. The Rider, lui aussi tourné dans la réserve amérindienne de Pine Ridge, dans le Dakota, en reprend le principe: il est mis en scène comme une fiction, mais ses acteurs, amateurs, y jouent peu ou prou leur propre rôle.

Grande humanité

Dans la vraie vie, Brady Jandreau s’appelle Brady Blackburn. En raison d’un grave accident, le jeune homme se voit contraint de renoncer à sa passion, le rodéo. Le simple fait de remonter à cheval pourrait avoir de graves conséquences. Pour survivre, il travaille dans un supermarché. A la place des grands espaces synonymes de liberté, des rayons, symboles de l’aliénation à la consommation.

Ce deuxième long-métrage de Chloé Zhao navigue entre documentaire et fiction sans que ce choix d’évoluer à la frontière des genres ne devienne un enjeu narratif. Le récit emporte dès les premiers instants et la question de sa véracité est secondaire. The Rider est un film sur la liberté, un film d’une grande humanité qui questionne à la fois le rapport à la nature et à l’autre. On en ressort transformé.


The Rider, de Chloé Zhao (Etats-Unis, 2017), avec Brady Jandereau, Tim Jandreau, Lily Jandreau, Mooney Gus, 1h44.