Quand les stars du rap américain débarquent à Montreux, le festival vire sa cravate et chausse son survêt. Converti en chaudron par un raz-de-marée adolescent, le Miles Davis Hall avait vendredi des allures de salle de quartier.

Un terrain idéal pour soutenir les évolutions de l'un des groupes de rap les plus cotés du moment, qui, du coup, n'avait guère droit à l'erreur. La mécanique ordinairement si bien huilée des Roots a pourtant connu quelques sérieux ratés.

Desservi par un son trop sec, le posse philadelphien a souvent cherché à forcer la mesure, tuant dans l'œuf des titres imparables. Restent pourtant quelques moments exceptionnels qui suffisent à racheter l'ensemble. Des moments où la science musicale de ces instrumentistes confirmés (The Roots est l'un des seuls groupes de rap se produisant sans DJ) s'est libérée pour laisser parler le «groove».

Le final fut éblouissant, la formation se donnant la peine de passer aux présentations avant de conclure en configuration acoustique (un régal). Après le solo de basse délivré à tombeau ouvert par le magistral Leonard Hubbard, les fans ont eu droit à une fantastique partie de gym vocale signée «Rahzel The Godfather of Noyze». Un moment d'anthologie.

V. M.