Cinéma

«The Scavengers», ces petites mains ridées à l’affût des déchets

Pour son premier long métrage, diffusé hors compétition dans le cadre du FIFDH (Festival du film et forum international sur les droits humains), Pascal Greco a choisi de mettre en lumière un phénomène de société à Hongkong: celui des «scavengers», des personnes âgées qui passent leurs journées à collecter les déchets recyclables en échange de quelques pièces

A Hongkong, ils sont 1,37 million à vivre dans la pauvreté sur une population globale de 7,4 millions d’habitants. Parmi eux, 15 000 sont des «scavengers», c’est ainsi que les citoyens les surnomment. Ces personnes sont âgées et financièrement abandonnées par la société chinoise, démissionnaire face à une population vieillissante. Ils reçoivent des retraites insuffisantes pour couvrir loyers et besoins vitaux. Mais abandonnés, ils le sont aussi par leurs familles.

Alors, pour survivre, les scavengers sillonnent les rues de la ville à la recherche de denrées recyclables qu’ils pourront revendre au prix fort. Carton, aluminium, plastique: tout passe entre les doigts minutieux et souvent abîmés de ces travailleurs acharnés.

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Des journées de 13 heures

«J’ai voulu honorer quatre femmes condamnées à faire quelque chose d’aussi honteux pour continuer à vivre», explique Pascal Greco, l’auteur du documentaire. Honteux, peut-être, mais éreintant, surtout. Son film nous apprend qu’une journée type, pour ces retraitées déterminées, peut durer plus de 13 heures, debout, à arpenter les rues de la mégalopole chinoise. «Je travaille du lundi au dimanche sans interruption, sauf lorsque je suis malade», confie Popo Cho, l’une des grands-mères suivies par le réalisateur genevois.

Soit un travail de mercenaire, accentué dans le moyen métrage par une succession de plans au ralenti: «Une prise de position artistique pour traduire davantage la dureté et la répétition des mêmes gestes au quotidien. Mais aussi pour mettre en évidence la sagesse de ces femmes isolées, avance Pascal Greco. Mais j’ai conscience que cela peut ne pas faire l’unanimité. Seulement, ici, cette technique s’est imposée.» Un choix assumé, donc, porté par une musique aux tonalités angoissantes de l’artiste Goodbye Ivan, qui avait déjà collaboré avec Pascal Greco auparavant.

Couleurs pastel

Le documentaire est très esthétique. Les images se fondent dans une palette de couleurs pastel, douces, presque délavées, qui contrastent ainsi avec la gravité du sujet. Un choix qui se veut «assez neutre pour retranscrire l’atmosphère de la ville, le jour». Et en décalage avec le dernier plan, plus festif, sur les néons de Hongkong, comme pour souligner encore un peu plus les écarts qui demeurent dans la ville. «Il y a un gouffre entre le quartier financier et Sham Shui Po, où la plupart des images ont été tournées. Il s’agit de l’un des endroits les plus populaires de la ville. Mais les scavengers sont partout.»

Une projection et une exposition

«J’ai été élevé par ma grand-mère, confie le cinéaste. Je suis d’autant plus choqué par la façon dont sont traitées les personnes âgées en Chine. J’ai envie de les aider concrètement et pas juste en projetant mon film sur des écrans.» C'est pourquoi toutes les photographies réalisées lors du tournage seront exposées dans la vitrine du Cinélux, à Genève. Elles y resteront jusqu’au 12 avril.

Une nouvelle façon pour le public de s’approprier la thématique, mais surtout l’occasion pour l’artiste d’aider concrètement les scavengers: «L’intégralité des fonds sur la vente des photographies sera versée à des associations pour les aider. Elles seront chargées de leur acheter nourriture et médicaments.»

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The Scavengers, de Pascal Greco. Projection dans le cadre du FIFDH le 17 mars à 11h. Exposition photo jusqu’au 12 avril au Cinélux.

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