Le film commence par une citation de Margaret Atwood (La Servante écarlate): «La peur a une odeur, tout comme l’amour». La réalisatrice s’interroge aussitôt sur la nature de cette odeur: «Que sent-elle ? Une puanteur qui nous énerve ou un souffle qui rappelle d’où on vient et où on retournera»? Assorti de quelques poils en très gros plan qui se dressent comme des fantômes extraterrestres, The Scent of Fear promet un voyage extraordinaire dans de sombres contrées, les dédales du cerveau reptilien et les cauchemars épouvantables.

Malheureusement, Mirjam von Arx a oublié ce principe enseigné à l’école enfantine selon lequel on ne peut pas additionner des pommes et des poires. Son film additionne angoisses, phobies, névroses, flips et trouilles disparates au fil de petits reportages menés aux quatre coins du monde.

Béton armé

Aux Etats-Unis, elle rencontre quelques beaux spécimens de paranoïaques qui fuient l’insécurité des rues en allant vivre dans d’anciens bunkers de l’armée où ils entassent bouteilles d’eau et barres vitaminées. Ils dorment bien dans leur cocon de béton armé, ayant pour seule fenêtre la lucarne de la télé. Une aventurière s’est lancée en solo à la conquête du Pôle nord. Elle est seule, il fait froid, le blizzard souffle, l’ours blanc rôde... Face à sa GoPro l’exploratrice givrée avoue ses inquiétudes et a visiblement envie d’être ailleurs (elle finit lâchement par y retourner avant d’avoir atteint son but).

En Suisse, un groupe de personnes terrifiées par les araignées apprennent à surmonter leur épouvante et finissent par toucher une mygale. En Corée, un étudiant anxieux surmonte son angoisse de la mort à travers un simulacre d’enterrement allant jusqu’à la mise en bière...

Pour faire bon poids, on montre encore des campagnes de propagande jouant sur la peur, comme des films américains liés à la menace atomique pendant la guerre froide ou les fameux moutons noirs de l’UDC émanant de la peur de l’autre. Quelques sommités scientifiques, psychologues et sociologues inscrits dans un décor numérique aussi grisâtre que kafkaïen, décortiquent les mécanismes mentaux, invoquent l’inconscient freudien et les archétypes jungiens...

Arachnide velu

Quels rapports y a-t-il entre les dangers d'une expédition polaire et la hantise du Mexicain basané à machette? Entre la répulsion que peut provoquer un arachnide velu et les souffrances d’un jeune Werther coréen? Le parfum de la peur semble bien incertain, bien éventé.  Mirjam von Arx était autrement inspirée quand elle consacrait Seed Warriors à une chambre forte norvégienne conservant 3 millions de graines ou, dans le formidable Virgin Tales, observait les rêves obsessionnels de pureté physique et morale nourris par une communauté évangélique des Etats-Unis.

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The Scent of Fear finit comme il commence, par un citation, de Roosevelt celle-ci: «La seule chose dont nous devons avoir peur est la peur elle-même». Cet avertissement inclut la peur de s’ennuyer au cinéma, hélas...