États-Unis

The Shed, la nouvelle attraction de New York

Le centre culturel, pluridisciplinaire, est capable de doubler sa capacité grâce à une coque en verre coulissante. Le Suisse Hans-Ulrich Obrist y est associé

Un centre culturel futuriste au cœur d’un tout nouveau quartier de Manhattan. Niché au sein de Hudson Yards, un projet immobilier ambitieux qui a coûté près de 25 milliards de dollars, The Shed (le hangar) détonne. Le bâtiment n’est pas un musée ni une salle de spectacles comme les autres. Ce qui fait sa particularité, c’est que la structure, mouvante, a la faculté de s’adapter aux ambitions artistiques, grâce à un système de coque coulissante. The Shed, c’est finalement une sorte de centre caméléon, qui vient s’ajouter à l’incroyable offre culturelle de la Grande Pomme.

Une coque de 3600 tonnes

Situé dans le Bloomberg Building de Hudson Yards, The Shed a été dessiné par le bureau d’architectes Diller Scofidio + Renfro – à l’origine notamment de la Highline, balade très prisée des touristes –, avec la collaboration du Rockwell Group. Il a été inauguré en avril 2019 et, depuis, sa fréquentation ne faiblit pas. Sa construction, qui a duré quatre ans, a coûté près de 500 millions de dollars. Le milliardaire Michael Bloomberg, ancien maire de New York, y a contribué à hauteur d’environ 80 millions.

The Shed s’étend sur huit étages, dont deux sont consacrés aux expositions et un au Griffin Theater (500 places). Danse classique, hip-hop, théâtre, littérature, médias digitaux, ou encore expositions de sculptures et peintures: l’offre sera grande et originale. Des œuvres d’art de toutes les disciplines pour tous les publics, résument ses promoteurs. Une sorte de «couteau suisse culturel». La chanteuse Björk a été l’une des premières artistes à y donner un concert. Sa superficie? 18 500 m2.

Nous voulions faire un bâtiment flexible avec un caractère architectural fort. Un bâtiment si souple et polyvalent qu’il puisse s’adapter à un avenir encore inimaginable

Elizabeth Diller, architecte

Une espèce de coque extérieure en verre et acier qui pèse 3600 tonnes peut glisser latéralement le long de rails pour créer une nouvelle salle couverte, le McCourt (1250 places assises et 2000 debout; 1600 m2), et doubler, en cinq minutes seulement, l’espace disponible. A côté du bâtiment audacieux qui ressemble à une immense boîte d’allumettes matelassée se trouve un autre ovni du nouveau quartier: le Vessel. Une immense structure couleur rouille clinquante composée de plusieurs escaliers (2500 marches sur 15 étages) que peuvent gravir les curieux.

«Tout en muscles et sans graisse»

Le New York Times ne tarit pas d’éloges à l’égard du nouveau centre culturel, «l’une des plus importantes contributions au paysage culturel de New York depuis des décennies», qui va obliger les autres institutions culturelles à se réinventer. Contactée, l’architecte Elizabeth Diller a sa propre définition de son bâtiment interdisciplinaire et adaptable. «Je le vois comme une infrastructure architecturale tout en muscles et sans graisse, qui répond aux besoins des artistes en perpétuelle évolution.»

Elle ajoute: «Nous voulions faire un bâtiment flexible avec un caractère architectural fort. Un bâtiment si souple et polyvalent qu’il puisse s’adapter à un avenir encore inimaginable. Si flexible que même sa superficie peut être modifiée. Comme l’art existe dans toutes les tailles, pourquoi devrions-nous nous engager à construire un bâtiment de taille fixe? New York n’avait pas d’entité culturelle à la fois grande et petite, intérieure et extérieure.»

Derrière The Shed, il y a aussi un Suisse: Hans-Ulrich Obrist, historien d’art, commissaire d’expositions et surtout directeur artistique des Serpentine Galleries à Londres. Il est le principal conseiller du directeur artistique de The Shed, Alex Poots, avec lequel il collabore depuis des années. Le duo fait des étincelles dans le monde de l’art.

La structure veut rester accessible à tous

«Alex Poots est à l’origine du Festival interdisciplinaire de Manchester, avec des projets qui ne pouvaient pas se produire dans un simple musée ou dans un opéra», rappelle Hans-Ulrich Obrist. «C’était au début des années 2000, quand les performances live, comme les sculptures vivantes, ont commencé à prendre de l’importance dans le milieu de l’art. Il fallait donc réfléchir à un autre format pour des projets interdisciplinaires, avec des artistes qui travaillaient aussi sur le temps et pas uniquement par rapport à l’espace. C’est ce qu’a fait Alex, dès 2006, avec son festival, qui se déroulait tous les deux ans. Avec le projet de The Shed, j’ai tout de suite été d’accord de poursuivre l’aventure avec lui et de travailler dans ce même esprit.»

Hans-Ulrich Obrist cite en exemple Il Tempo del Postino (2007), une commande un peu dingue du Festival de Manchester à laquelle il a participé. Un spectacle ni vraiment opéra, ni théâtre, ni cabaret. Mais un peu de tout à la fois, où sopranos, zombies, violonistes et marionnettes pouvaient se côtoyer. «La création a notamment été produite dans le cadre de Art Basel. On peut dire que ce spectacle, qui regroupait 300 personnes, est un peu l’esquisse du concept que nous développons au Shed. Car il a démontré la nécessité d’avoir une nouvelle institution capable d’accueillir ce genre de projets.»

Le Shed propose certes un grand éventail d’offres, mais peut-il vraiment viser un public large alors qu’il est situé dans un quartier élitiste avec des appartements plutôt luxueux? C’est bien le but, insiste Hans-Ulrich Obrist. Non seulement les artistes locaux émergents, qui ont besoin de soutien, auront accès au Shed, mais le centre devrait aussi rester accessible à des classes sociales défavorisées. «Certains programmes resteront gratuits», relève le Suisse. La révolution The Shed a de multiples facettes.

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