le temps des séries TV

«The Team», timide essai de fiction européenne

C’est l’ambition, le fantasme peut-être, d’une série européenne. Montrée ces temps par RTS Un, et proposée en rattrapage, The Team tisse son intrigue à travers l’Europe – en tout cas, du Nord. Téléphones portables, vidéoconférence et autres outils doivent épouser une certaine réalité du continent, et de ses enquêteurs. Car il y a crimes, dispersés sur le territoire, et les polices doivent collaborer. En préambule, trois prostituées sont retrouvées mortes à Anvers, Berlin et Copenhague. Elles se connaissaient. Un suspect est d’emblée désigné à l’image, un écrivain belge, mais il va lui-même se retrouver pris dans les filets du complot, qui passe par la mafia lituanienne. Un Danois prend la main sur l’enquête internationale – il est incarné par Lars Mikkelsen, grand frère de Mads, lui-même vu dans Forbrydelsen/The Killing, Borgen et House of Cards, c’est une heureuse retrouvaille pour les amateurs.

The Team est une coproduction entre cinq pays, Danemark, Allemagne, Belgique, Autriche et Suisse – les chaînes SSR y ont contribué, et un de leurs apports est Carlos Leal dans le rôle de l’écrivain belge. La série est de création et de pilotage danois, comme les policiers dans l’histoire. Elle a son apparence d’auto-évocation; d’un certain point de vue, elle raconte sa propre fabrication.

La construction de séries européennes constitue l’une des tendances fortes du moment. Unir les forces, exploiter la diversité de sites, tenter une réponse à l’offre des Etats-Unis; les motivations sont multiples. L’Europol dépeint par la fiction ressemble peut-être aux discussions des producteurs entre eux, depuis leurs pays respectifs. Ce n’est pas le premier essai: en 2012, Arte et ZDF avaient tenté la sympathique Spiral, série transmédia poussant ses téléspectateurs internautes à enquêter sur le Web, à propos du vol d’œuvres d’art dans plusieurs pays européens. D’autres projets sont en cours.

The Team ne démérite pas, même si, au final, son aspect vieille école la pénalise. La série n’a pas la syntaxe contemporaine de The Killing ou The Bridge, elle repose sur un déroulement posé, un peu pesant. Une ambition bien actuelle, le recours à une narration d’hier: le feuilleton vit de sa contradiction. The Team, timide.