Série TV

«The Widow», la revanche d’une veuve blanche

Dans cette nouvelle série Amazon, une femme embarque pour la RDC afin de rétablir la vérité sur la mort présumée de son mari, trois ans plus tôt. Un thriller aventurier prenant et ambitieux, mais qui veut parfois trop en faire

Tout commence par une affreuse casquette orange. Celle que Will, humanitaire britannique, porte au moment de prendre un avion à destination de Kinshasa. Celle-là même que sa femme Georgia (Kate Beckinsale) croit reconnaître trois ans plus tard à la télévision, diffusant les images d’une émeute dans la capitale congolaise. Sauf que Will et son couvre-chef criard sont censés s’être écrasés en pleine forêt tropicale à bord dudit avion et avoir succombé à l’accident… Ni une ni deux, Georgia quitte sa campagne galloise pour voler à son tour jusqu’en RDC, déterminée à démêler la vérité.

L’intrigue de The Widow, thriller en huit épisodes coproduit par ITV et proposé sur Amazon Prime Video depuis le 1er mars, n’est pas fondamentalement originale. On lui trouve un air de ressemblance avec Ne le dis à personne, roman de Harlan Coben maladroitement adapté au cinéma par Guillaume Canet en 2006, dans lequel le protagoniste aperçoit sa femme, tuée sept ans plus tôt, sur une bande de vidéosurveillance. Ou avec la série The Missing, l’histoire de parents tentant de retrouver leur garçonnet, dont l’écharpe réapparaît mystérieusement sur un autre enfant. Une production des frères Harry et Jack Williams, visiblement friands de disparitions puisqu’ils signent également The Widow.

Enfants soldats

Malgré tout, on se laisse vite embarquer dans la quête désespérée de Georgia. Car quoi de plus touchant que la perte d’un être cher, et quoi de plus violent que l’espoir soudain de le retrouver vivant? Evidemment, on s’y attend, tout le monde commence par raisonner la jeune veuve, la sommant de ne pas se faire d’illusion, de passer à autre chose. Mais, persuadée que Will est bien là quelque part, celle-ci s’élance tête la première dans les rues bourdonnantes de Kinshasa, et dans ce qui se révélera un piège complexe. Car, on s’en doutait, la chute de l’avion n’était pas vraiment due à un souci technique… Au fil de ses recherches, Georgia sera ballottée d’un village à l’autre, se heurtant aux secrets, aux menaces, croisant des généraux douteux, des humanitaires casse-cou, des milices rivales qui se disputent l’exploitation d’une mine de coltan et des enfants soldats.

Si ces personnages paraissent à première vue stéréotypés, on les découvre au contraire multifacettes. A travers de nombreux flash-back, la série nous permet d’ausculter leurs plaies, de sonder leurs consciences, leurs regrets, au-delà des apparences. Avec, en filigrane, une question: en quoi nos décisions nous définissent-elles, bonnes ou mauvaises? «Nous faisons des choix rapides, en une fraction de seconde, pour ensuite devoir en assumer les conséquences salissantes», lâche Emmanuel (Jacky Ido), l’ami congolais et guide de Georgia.

Sous tension

Filmée à travers trois pays, en trois langues et forte d’une bande-son heureuse – entre chants traditionnels et rappeurs congolais –, The Widow est une fiction captivante. Ambitieuse aussi, par son scénario touffu, ponctué d’histoires parallèles et de retournements de situation. De quoi se retrouver, à la fin de chaque épisode, la bouche entrouverte. Et sous tension perpétuelle puisque, catapultée en terrain miné, Georgia ne peut faire confiance à personne et craint constamment pour sa peau.

Une série dense, donc. Un peu trop? Peut-être. Car s’il est agréable de voir des personnages secondaires dotés d’un peu de chair, certaines séquences semblent superflues. On pense par exemple à Ariel (Olafur Darri Olafsson, Trapped), ce Norvégien aveugle venu se faire opérer les yeux à Rotterdam qui, on le découvre, entretient un lien mystérieux avec le crash, mais auquel la série prête une romance ridicule.

Léger malaise

De son côté, Kate Beckinsale remplit largement sa mission. Après deux décennies consacrées au cinéma, l’actrice de 46 ans fait son retour sur le petit écran, crédible en veuve téméraire et acharnée. Front luisant, sourcils froncés et queue-de-cheval – un poil trop soignée –, on apprécie cette figure féminine plus dégoulinante de sueur que de bons sentiments. Et qui manie le fusil à merveille, en témoigne une séquence nocturne anxiogène – Georgia a été capitaine au sein de l’armée de terre britannique, ça aide.

Entre les scènes d’action palpitantes et les vues spectaculaires de la jungle congolaise – sud-africaine en réalité, instabilité politique en RDC oblige – subsiste pourtant un léger malaise: l’arc narratif façon «héros blanc en terres inconnues». Certes, The Widow s’emploie à explorer des figures congolaises et certaines instabilités politiques du pays. Mais celui-ci semble surtout servir de toile de fond aux épreuves de Georgia, cette Anglaise incapable de baragouiner un mot de swahili, qui exige constamment qu’on l’aide et qui finira bien par laisser ce calvaire congolais derrière elle, non sans avoir exhorté les locaux à se rebeller enfin contre la tyrannie établie… avec la satisfaction du travail bien fait. Ou quand l’aventure épique a des airs touristiques.


«The Widow», dès à présent sur Amazon Prime Video.

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