Cinéma

«The Wife», des casseroles à la machine à écrire

Un Prix Nobel de littérature règle ses comptes avec sa femme, confinée dans l’ombre de son génie

Le téléphone a sonné à l’aube chez Joe Castleman (Jonathan Pryce, excellent). C’était le secrétaire de l’Académie suédoise annonçant qu’il avait gagné le Prix Nobel. Le champion du monde de littérature exulte et invite sa femme Joan (Glenn Close, excellente) à un petit cérémonial puéril de célébration consistant à sauter sur le lit. Accompagnés par leur fils David, un post-adolescent boudeur, pistés par Nathanial Bone (Christian Slater), un biographe fielleux, Joe et Joan s’envolent pour Stockholm. Le voyage tourne vite au vinaigre.

The Wife entend mettre en image le fameux dicton selon lequel «Derrière chaque grand homme se cache une femme». Mais sous ses oripeaux féministes, le film, excessivement théâtralisé et envahi de musique, réchauffe de vieilles tambouilles bourgeoises où recuisent les spectres de la jalousie et de l’adultère. Entre le fils qui veut devenir écrivain et que le père déprécie, la maison lumineuse sur le littoral, le mari vantard qui fait le joli cœur auprès des soubrettes et sa femme qui fait le poing dans sa poche, les clichés s’accumulent.

«Ma muse»

Le malaise qui s’accroît au sein du couple a des causes plus profondes que les petites tromperies et fanfaronnades. Joan cuisinait d’une main, torchait les enfants de l’autre et écrivait de la troisième l’œuvre aujourd’hui nobélisée de Joe – il ne se souvient pas même du nom de ses personnages… Alors quand dans son discours de remerciements il lui dit «Ma muse, mon âme», elle explose.

Le récit se construit cahin-caha au fil de flash-back renvoyant à une temporalité lointaine. En 1958, Joe était prof à l’uni et Joan suivait son cours de creative writing, ce qui ferait de l’écrivain un quasi centenaire. Il faut admettre que l’action se situerait dans le passé – début des années 1990, semble-t-il.

Laudationné pour avoir exprimé l’essence de la culture juive, le personnage de Joe Castleman s’inspire sans doute de Philip Roth. C’était curieusement déjà le cas d’Ike Zimmerman, l’écrivain misanthrope lui aussi incarné par Jonathan Pryce dans Listen Up Philip, d’Alex Ross Perry. Mais dans la réalité, Philip Roth n’a jamais eu le Nobel. Et il était autrement génial que cette grande andouille de Joe.


The Wife, de Björn Runge (Royaume-Uni, Suède, Etats-Unis, 2018), avec Glenn Close, Jonathan Pryce, Max Irons, Christian Slater, 1h39.

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