Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
David Duchovny et Gillian Anderson.
© Fox

série TV

«The X-Files», une fin en clin d’œil

La RTS montre dès ce lundi soir la saison 11, et probablement ultime, de la série conspirationniste. Une fin qui a ses faiblesses, mais qui n’entame en rien la qualité et le poids culturel de cette institution culturelle

Ils ironisent sur le temps qui passe. Scully parle de retraite («Que ferons-nous?»), Mulder doit mettre des lunettes («des verres progressifs!»). Inespérée après un retour en 2016 plutôt décevant, la 11e saison de The X-Files, que la RTS montre dès ce lundi soir, a sa part d’humour et d’ironie autocentrée.

Cela n’a pas suffi à convaincre: dans l’ensemble, cette nouvelle livraison de dix épisodes a été jugée superfétatoire par la critique américaine, laquelle souhaite dans l’ensemble que l’histoire s’achève. Le créateur Chris Carter baguenaude en disant que rien n’est fini, que tout est ouvert pour la suite, qu’il rêve même d’une adaptation en comédie musicale à Broadway. Toutefois, avec la défection de Gillian Anderson (Scully), l’aventure semble en effet toucher à sa fin.

En 2015, notre rencontre avec le créateur de la série: Chris Carter songe déjà au-delà du retour de «X- Files»

Une confusion sur la mythologie

Et ces épisodes de clôture ne sont pas aussi mauvais que l’ont prétendu les grincheux. Admettons une faiblesse générale sur la mythologie: les chapitres qui traitent du cœur des X-Files paraissent bien brouillons et confus. L’homme à la cigarette prend un poids encore plus grand, le fils de Scully et Mulder devient central tout en changeant de statut, et le complot du gouvernement américain avec les extraterrestres se complique au point de ne plus avoir une grande cohérence. Chris Carter a tenu à imposer un cliffhanger en fin de saison, ce qui risque de laisser The X-Files définitivement close sur un point d’interrogation – ce qui ne manque pas d’une certaine ironie.

Cette onzième livraison séduit toutefois par la mise à distance constante des personnages et du propos. Il y a un retour aux sources, le versant «monstre de la semaine» de la série, avec des histoires de rituels maudits en forêt ou de voleurs d’organes pour rester jeune. Il y a cette constante qualité de l’écriture et de la réalisation, qui avait déjà placé la série très haut dès ses débuts. Et on retrouve le petit couple devenu grand, avec le père fouettard Skinner, dans un triptyque inoubliable.

Retrouvez tous nos articles sur les séries TV.

Des épisodes croustillants

Des ronchons ont écrit que Chris Carter et ses auteurs auraient perdu contact avec l’époque: un épisode en particulier prouve le contraire. Proche dans l’esprit de Black Mirror sans copier l’anthologie britannique, l’épisode Rm9sbG93ZXJz (11x07), quasiment muet, raconte comment, dans un monde robotisé où les bases de données sont interconnectées, Mulder et Scully sont harcelés par les robots et pilotes d’intérieur parce que le premier a omis de verser un pourboire… dans un restaurant sans employé humain. Un bijou, dopé par l’ironie propre à The X-Files.

Notre vision de la saison 4 de «Black Mirror»: Toujours aussi puissante, la série «Black Mirror» élargit sa palette

Et s’il s’agit de rire de soi-même, la série a de la réserve. Un autre épisode (le 11x04), au final hilarant, oppose Mulder à un conspirationniste encore plus extrême que lui: l’homme prétend avoir été effacé de la mémoire collective. Il aurait donc dû apparaître dans The X-Files dès les premières saisons, mais il a disparu… On a droit à un nouveau générique, et comme cadeau ultime, une morale sur le mensonge assénée à Scully et Mulder par un alien de pacotille.

Un monument de la culture populaire contemporaine

Si The X-Files ne frappe plus autant, c’est tout simplement qu’elle n’a plus rien à prouver. Depuis 1993, la série n’a cessé de mettre en fiction spectaculaire les questions, devenues cruciales et globales, de manipulation des masses, de secrets gouvernementaux et de mensonges bâtis en institutions.

Inspiré par l’exigence légitime autant que folklorique des ufologues, le feuilleton a dépeint une Amérique déchirée entre les petites gens et un gouvernement fédéral tout-puissant. Peut-être a-t-elle fait le lit, souterrainement, d’une rébellion anti-Washington qui a pu conduire à l’élection de Donald Trump. Même ainsi, elle reste d’une grande pertinence, à côté des plaisirs frissonnants du «monstre de la semaine».

Avec son équipe, Chris Carter a construit une fantaisie à base de petits Martiens qui a raconté bien des choses sur les Etats-Unis, de 1993 à 2018. Et la série reste comme un monument de la culture populaire. Avec sa fin en tire-bouchon, The X-Files ferme le livre sans vraiment reposer la couverture. Comme s’il y avait toujours quelque chose d’extraterrestre en Amérique.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo culture

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

Un soir à la rédaction du Temps. La salle de réunion est transformée en labo photo géant éclairé de rouge. Au milieu de la pièce, l'artiste Yann Marussich, rendu photosensible. Sur son corps nu se développent des titres du «Temps». 60 spectateurs assistent à l'expérience qui dure 45 minutes.

Le performeur Yann Marussich se fait imprimer Le Temps sur le corps

n/a
© Arnaud Mathier/Le Temps