Solaire

The xx, de l’ombre à la lumière

Le trio londonien, révélation pop de la fin des années 2000, publie un troisième album qui le voit se débarrasser des arrangements sombres de ses deux premiers efforts

Deux petites lettres, xx, qui les voient s’incruster dans les bacs à disques – oui, il en reste – quelque part entre Wire et Neil Young. The xx sortent leur troisième album après pas loin de cinq ans d’absence, et c’est le premier événement pop de l’année. D’autant plus que ledit objet, I See You, les voit opérer un doux virage vers la lumière, après deux enregistrements ouvertement sombres et mélancoliques.

Le choc original a eu lieu en 2009, en plein mois d’août. Un (très) jeune trio formé quelques années plus tôt à Londres sortait son premier disque, et voyait la presse spécialisée s’extasier comme rarement. Au moment d’élire cet essai sobrement baptisé xx meilleur album de l’année, le Guardian soulignait la classe d’une musique aux influences prégnantes (de Aaliyah à Portishead en passant par le dubstep, écrivait le quotidien) alors même qu’elle semble exempte de toute influence. Un tour de force. The xx donnait il est vrai l’impression de découvrir un son nouveau, d’explorer des territoires encore vierges. Electro, r’n’b, pop psychédélique, new wave, trip-hop, le groupe puisait un peu partout pour inventer quelque chose. Aucune étiquette dont sont d’habitude si friands les critiques britanniques (dream pop, dark pop ou encore synth pop) ne leur seyait.

Trompettes conquérantes

Cinq ans après un deuxième album de la même veine bien que moins renversant, l’effet de surprise étant passé, The xx revient avec I See You, collection de dix titres gravés entre les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. Dès les premières notes de Dangerous, titre inaugural démarrant aux sons de trompettes conquérantes avant de virer électro, on est frappé par l’ostensible envie qu’a le trio d’aller vers la lumière. Impression que donnait déjà On Hold, premier single ouvertement dansant, à la faveur d’un emprunt au duo américain seventies Hall & Oates et son tube I Can’t Go for That (No Can Do).

Douce fragilité

Au-delà de ce virage vers une musique plus solaire, changement de cap qui doit probablement beaucoup à la carrière solo que mène en parallèle le producteur Jamie xx, l’intérêt principal de The xx réside toujours dans le bel enchevêtrement des voix de Romy Madley Croft et Oliver Sim. Il y a toujours dans leur façon de chanter à deux voix cette douce fragilité, qui provoque une très addictive émotion rappelant celle que suscitait jadis la pop raffinée d’Everything But The Girl. Car qu’on ne s’y trompe pas: bien qu’il entrevoit plus que d’habitude la lumière, The xx conserve cette mélancolie prégnante qui le rend hors du temps. I See You ne sera peut-être pas un classique, comme l’est devenu xx il y a huit ans, mais il fera à n’en pas douter partie dans douze mois des meilleurs disques de l’année 2017.


A écouter

The xx, «I See You» (Young Turks). Sortie le 13 janvier. En concert le 18 février à Bâle (St. Jakobshalle).

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