Classique. Joseph Haydn. Symphonies Nos 91 & 92 «Oxford», Scena di Berenice Bernarda Fink, René Jacobs, Freiburger Barockorchester (Harmonia Mundi HMC 901849/Musikvertrieb)

Tout ce qu'il touche lui réussit. René Jacobs dirige ces Symphonies de Haydn avec son expérience à la scène. Les rythmes sont bondissants, les phrases musicales sculptées avec un galbe magnifique. C'est que le chef belge n'a pas son pareil pour rendre la dimension théâtrale d'une musique trop souvent cantonnée à la sphère purement instrumentale.

Derrière son apparent conformisme, la Symphonie N° 91 réserve bien des surprises. Dans l'«Allegro assai», René Jacobs exacerbe le contraste entre des cordes prodigieusement roboratives et des vents délicieusement fruités. L'«Andante», série de variations sur un rythme de marche quelque peu paysan, dégage une joie bonhomme. Les musiciens du Freiburger Barockorchester se donnent corps et âme, faisant respirer chaque phrase avec souplesse et alacrité. C'est le mélange entre tension ramassée et détente qui rend ces lectures si riches.

En particulier dans la Scène dramatique Berenice, che fai?. En une dizaine de minutes, la musique de Haydn restitue les états d'âme de Bérénice, en proie au désespoir devant le corps mourant de son bien-aimé. Aussi poignante qu'une Cecilia Bartoli – sans les tics qui entachent parfois son chant –, la mezzo Bernarda Fink déploie une prodigieuse palette de couleurs, jusqu'à une aria où elle fulmine. Un tour de force, qui se prolonge dans une Symphonie «Oxford» aussi savante qu'enchanteresse.