Les études sont unanimes. Des pleurs du bébé (eh oui!) aux réunions en entreprise, l’expression féminine est moins valorisée que les prises de paroles masculines. Choqué par cette injustice, Joan Mompart a décidé que sa première Agora à la tête du théâtre genevois Am Stram Gram serait consacrée à l’égalité. Avec une préférence pour la place des fillettes dans la société, car, pour faire simple, de la crèche aux hautes écoles, «les filles demandent la parole quand les garçons la prennent».

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D’où cet intitulé Et les filles!? pour un forum musclé, organisé avec le Festival Les Créatives, qui court de vendredi soir à dimanche. Au menu? Deux speed datings avec la génération Z, une Landsgemeinde où les mineurs pourront voter, un spectacle qui rend hommage aux femmes illustres, un autre dans lequel une actrice de 12 ans prend le pouvoir, et des films documentaires sur le genre et la vie de jeunes filles en Asie. Le tout pimenté de deux brunchs et d’une fiesta le samedi soir emmenée par Segen, jeune chanteuse genevoise. Le féminisme à hauteur d’enfant, c’est ce week-end, à Am Stram Gram.

Des nouvelles de Mongolie

Quand on contacte Joan Mompart, il est à Paris en train de rencontrer les directions du Théâtre de la Ville et du Théâtre 71 pour que «l’offre tout public continue de rayonner malgré les temps compliqués». «Pourquoi j’ai imaginé cette Agora avec Les Créatives? Parce que, quand j’ai pris connaissance des travaux d’Isabelle Collet, chercheuse à l’Université de Genève, dans un article du journal Le Monde, la nécessité d’aborder cette thématique de l’expression des filles s’est définitivement confirmée pour moi. Saviez-vous que, dans les classes, on confie aux filles le soin de résumer les cours et aux garçons le privilège d’innover, d’amener de nouvelles idées? Et saviez-vous aussi que les pleurs des bébés filles sont vécus par les parents comme moins importants, moins chargés de souffrance que les pleurs du bébé garçon. C’est fou, non?»

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En effet, c’est fou et consacrer un week-end à modifier ces biais n’est pas du luxe. «Exactement, en plus, on voulait sortir de nos frontières. Ainsi, dans le film Sain uu?qui veut dire «Salut, ça va?» en mongol, la réalisatrice romande Anouk Maupu a demandé à des jeunes filles mongoles de 13 à 18 ans de se filmer dans leur quotidien. Ce documentaire, d’où se dégage beaucoup de joie, de danse et de chant, est très intéressant, car on voit qu’au-delà des différences culturelles, ces adolescentes s’interrogent aussi sur le genre et l’écologie.» A la suite du film présenté dimanche à 12h, les jeunes d’ici pourront rendre la pareille à leurs camarades d’Asie en envoyant leurs histoires via leur smartphone.

Tout savoir sur les 12 ans et plus

Le second film, plus intime, aborde avec sensibilité la trajectoire de Sacha, petite fille née dans un corps de garçon et qui, depuis ses 3 ans, se positionne très clairement sur son ressenti. Projeté le samedi à 10h, Petite Fille de Sébastien Lifshitz sera suivi d’une rencontre avec Alexia Scappaticci, coordinatrice du Refuge Genève, un espace d’accueil pour les jeunes LGBTIQ en difficulté.

Mais Am Stram Gram reste bien sûr le lieu des arts vivants. En témoigne You’re so amazing, speed dating agendé samedi et dimanche à l’heure du goûter, au cours desquels les adultes pourront poser toutes leurs questions à Mafalda, Merlin, Lola, Thomas ou Alice, 12 ans et plus, sur le girl power, l’univers Tik Tok ou tout autre sujet de curiosité. Les jeunes promettent de répondre du tac au tac.

Et toi, tu votes?

Autre moment fort du week-end, la Landsgemeinde orchestrée par Hélène Hudovernik et Mariama Sylla, dimanche à 14h. Sur scène, les enfants des ateliers théâtre soumettront à l’assemblée des questions de société. Dans la salle, adultes et enfants voteront à main levée. Les objets débattus? «Peut-on avoir l’apparence qu’on veut? Y a-t-il des métiers destinés aux hommes et d’autres aux femmes? Trouvez-vous normal que le masculin l’emporte sur le féminin dans la langue française? Les filles ont-elles le droit de se mettre en colère? Les garçons ont-ils le droit de pleurer?», recense le directeur.

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Qui salue encore un autre rendez-vous cher à ses yeux: la lecture, samedi à 14h, d’Histoires du soir pour filles rebelles, des albums illustrés signés Francesca Cavallo et Elena Favilli qui présentent des centaines de destins féminins hors du commun. Ce samedi, neuf comédiennes vanteront notamment les audaces de l’aviatrice Lilian Bland, de l’exploratrice Ruth Harkness ou de la cosmonaute Valentina Tereshkova. De quoi sortir des éternels Edison, Einstein et Pasteur…

En finir avec l’adulte tout-puissant

Mais le clou du week-end sera sans doute «…» – c’est le titre du spectacle! Ecrite et mise en scène par la puissante Lola Giouse, cette création en points de suspension évoque justement la parole trop souvent suspendue des enfants dans un monde normé par les adultes. La jeune Anka Luhmann, 12 ans, s’affirmera à sa manière face aux comédiens Géraldine Dupla et Cédric Djedje.

«Devant la réserve d’Anka, Géraldine dit son attachement à un féminisme militant tandis que Cédric dit sa foi dans la force imaginaire des mots», détaille Lola Giouse. «Ce qui est intéressant, poursuit la metteuse en scène, c’est que, même s’ils sont sincèrement soucieux d’écouter la fillette, les deux adultes prennent toute la place. Anka trouvera alors un autre moyen d’occuper l’espace.» Lequel? Pour le savoir, rendez-vous à Am Stram Gram le vendredi à 19h ou les samedi et dimanche, à 17h.


Et les filles!?, Théâtre Am Stram Gram, Genève, du 26 au 28 novembre.