Transdiciplinarité

Le théâtre et les arts visuels bataillent à Genève trois jours durant

«Théâtre des opérations» joue avec les codes des deux domaines. Trois curateurs déconstruisent le Théâtre de l’Usine

Le théâtre et les arts visuels bataillent à Genève

Trandisciplinarité «Théâtre des opérations» joue avec les codes des deux domaines durant trois jours à l’Usine

Durant trois jours, ils s’additionnent, se multiplient, au risque parfois de se perdre, et donc de se soustraire, au risque aussi de diviser les spectateurs/visiteurs. Ils, ce sont le théâtre et les arts visuels, qui se mêlent sur le Théâtre des opérations, une manifestation proposée à Genève par le Théâtre de l’Usine – prononcez TU désormais. Sa nouvelle directrice, Laurence Wagner, issue des arts visuels et de la performance, avait promis de faire un pas de plus pour décloisonner ce lieu qui ne l’était déjà guère. En ce mois de janvier, en invitant un trio de curateurs français à l’investir, la jeune femme va clairement dans ce sens.

Gradins recyclés en socles

Bénédicte le Pimpec, qui vit à Genève, et ses comparses parisiens Emile Ouroumov et Céline Bertin ont choisi des artistes et des œuvres susceptibles de déconstruire l’espace du théâtre mais aussi ses rythmes, ses protocoles. Les gradins sont partiellement recyclés en podium ou en socles, pour des performances ou des œuvres, la boîte noire qu’est la salle de théâtre blanchit partiellement, et chacun est appelé à circuler, aucun moment de ces trois jours ne devant se répéter. Ainsi, les différentes activations d’œuvres se feront-elles à chaque fois par d’autres personnes. Ce qui s’inscrit aussi dans la réflexion sur la traduction, l’interprétation et la médiation qui sert de fil rouge aux trois jours. Comment se parle-t-on entre praticiens mais aussi entre publics des arts visuels et du spectacle vivant? La question est sans cesse mise en abyme dans les œuvres proposées et dans leur présentation.

C’est le cas quand Julien Bismuth tente en direct d’expliquer en anglais les mystérieuses images vidéo qu’il a tournées aux Etats-Unis, et qu’il est aussitôt traduit en français. Ou quand Sébastien Rémy construit des récits à partir des événements proposés, qu’il diffuse sur un panneau comme on en utilise pour les surtitrages d’opéra.

Une ouverture vers l’extérieur, vers la cité, vient encore complexifier les pistes de réflexion lancées par ce Théâtre des opérations. Avec une Mercedes débordant de musiques turbo- folk du Kosovo installée par le Danois Jens Haaning sur la place des Volontaires toute proche. Avec aussi le premier film de David Lamelas qui sert d’ouverture au programme mais sera aussi visible en continu. Il s’agit d’un long zoom arrière depuis un lieu d’exposition jusque dans la ville où les passants évoquent l’actualité du jour: nous sommes en 1969 et un homme a marché sur la lune.

Théâtre des opérations, au TU, rue de la Coulouvrenière 11, Genève. Du 22 au 24 janvier de 14h à 22h30. www.theatredelusine.ch

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