Scènes

Au Théâtre Barnabé, les «eighties» électrisent le plateau

A Servion, les guitares luttent contre les bulldozers pour sauver l’Hôtel California. Cuir, riffs et crinières en folie, les rockers envoient

Au Théâtre Barnabé, à Servion, on connaît la musique. Depuis avril 2018 que le lieu est dirigé par Noam Perakis, la comédie musicale a ses entrées privilégiées. Gavroche, en septembre dernier, Les Producteurs, en mai, et Hôtel California, ces jours: le théâtre vaudois a de vrais accents de Broadway. Des accents et du talent. Dans Hôtel California, une reprise de 2014 qui raconte comment le rock tente de résister aux requins de l’immobilier, les artistes campent parfaitement les rebelles et leurs détracteurs. La saison 2019 poursuit sur cette belle lancée. Fin août, Tom Sawyer présentera une soixantaine d’enfants sur scène et Sister Act sera servie en guise de friandise des fêtes.

Pour beaucoup, le Théâtre Barnabé se résume à sa Revue de fin d’année. Une parodie appréciée par les Romands pour son côté direct et décomplexé. Un temps abandonnée, la Revue a été relancée par la nouvelle équipe sous «une forme dépoussiérée». L’hiver dernier, La Grande Revue improvisée a cartonné. Cela dit, l’exercice satirique sera suspendu l’hiver prochain, car le théâtre «a la chance d’avoir décroché la licence de la comédie musicale Sister Act, telle qu’elle a été créée au Théâtre Mogador à Paris!» s’enthousiasme Céline Rey, sous-directrice des lieux.

Botox contre crinières

La jeune femme incarne ces jours Allison, secrétaire discrète qui se transforme en pasionaria pour sauver l’Hôtel California. Le lieu, mythique, mais bien amoché par les années, est destiné à être remplacé par une clinique de chirurgie esthétique. A voir la tête de ses derniers piliers, on peut imaginer le choc d’univers. D’un côté le botox et la chasse aux plis, de l’autre le legging léopard, le cuir badgé et les crinières de folie. D’emblée, la sympathie du public va à cette clique experte en bières et en refrains hurlés.

Festival de tubes

Au fil de la lutte pour la survie, qui est aussi émaillée de la rituelle love story, défilent quelques-uns des titres les plus emblématiques des eighties. I Need a Hero, Total Eclipse of the Heart (Bonnie Tyler), Everything I Do (Bryan Adams), un extrait de Thunderstruck (ACDC), l’indépassable Still Loving You des Scorpions ou l’inévitable The Final Countdown du groupe Europe… A ce jeu des reprises, la palme de la drôlerie revient au duo dansé et chanté par le narrateur (Noam Perakis) et Brian Cooper (Fabrice Pasche), le patron de l’Hôtel California. Sur Time of My Life, le tube du film Dirty Dancing, les deux rockers patibulaires se découvrent des affinités inattendues qui font craquer l’audience.

L’autre coup de cœur? Zach Firesnake, rock star complètement givrée devenue yogi sur le tard. Dans ce rôle, Adrien Gygax joue la décadence et la régression à fond, et c’est fendant. Impossible de citer la quinzaine de musiciens et chanteurs qui allument le plancher. Il faut aller les voir ces vendredi et samedi 28 et 29 juin, c’est la dernière flambée.


Hôtel California, les 28 et 29 juin, Théâtre Barnabé, Servion.

Publicité