«La construction de ce nouveau théâtre prévue en 2018 ne tombe pas du ciel. Elle est l’aboutissement de douze ans de recherche et la condition à notre survie. Tout est menacé? Je n’en dors pas la nuit!» Hier, Jean Liermier a présenté sa septième saison à la tête du Théâtre de Carouge. Mais, au-delà des traditionnels classiques (Goldoni, Molière, Strindberg…), c’est le référendum minant le projet du nouveau théâtre (LT du 10.02.2012) que le directeur a évoqué avec le plus de vigueur. On le comprend. Une fois de plus, à Genève, la réalisation d’un équipement culturel pertinent et soutenu par la majorité politique est freinée par une minorité plus acharnée qu’inspirée.

Le Théâtre de Carouge est dispersé sur quatre lieux. Dont l’un, le 57, rue Ancienne, abritant la salle Gérard-Carrat, une salle de répétition et la direction, arrive à échéance de bail fin 2015. Trouver des locaux de remplacement est tout sauf évident. Par ailleurs, la grande salle François-Simon nécessite des rénovations se montant à 21 millions. Le calcul est vite fait: même sur un plan purement comptable, mieux vaut construire un théâtre de 54 millions – dont le Conseil de fondation s’est engagé à en financer 13 – réunissant toutes les activités, plutôt que rénover la grande salle et payer des années un loyer pour loger des secteurs qui resteraient dispersés.

C’est aussi l’avis du Conseil municipal carougeois qui, le 29 avril, a voté un crédit d’études de 6,2 millions par 18 voix contre 7. Début mai, cependant, le MCG a lancé un référendum contre ce crédit d’étude et devrait obtenir les 1400 signatures nécessaires à la tenue d’un vote populaire…

Strindberg et Valéry

Dépité, Jean Liermier a tout de même réuni son énergie pour présenter son affiche 2014-2015. Un bon cru? Une cuvée séduisante portée par de grands comédiens. L’excellent Roland Vouilloz sera Jean, domestique mis au défi de Mademoiselle Julie incarnée, elle, par la spectaculaire Berdine Nüsselder. Le raffiné Jean-Damien Barbin composera l’avare Harpagon en janvier. Le Belge Fabrice Murgia, metteur en scène avant-gardiste, composera les deux très classiques frères des Jumeaux vénitiens , de Goldoni. Raoul Pastor jouera son rôle de metteur en scène dans Silence en coulisses , satire de Michael Frayn. Tandis que Philippe Mentha, en Méphisto, se mesurera au vibrant Philippe Laudenbach dans Mon Faust , de Paul Valéry.

Et Jean Liermier? Il ne jouera pas, même s’il fut un Tintin alerte. Mais créera Frantz Uldry met en scène Othello , de Fabrice Melquiot, projet surprise dont les dates et les lieux seront annoncés au dernier moment.