Printemps-été 1994. Le Rwanda connaît l'horreur au quotidien: 800 000 Tutsis sont massacrés, selon les estimations. Cinq ans plus tard, le Groupov, une compagnie installée à Liège, en Belgique, interroge la tragédie. Histoire de donner la parole aux victimes, à ces centaines de milliers de cadavres réduits à l'état de statistiques. Histoire surtout de comprendre les racines de la violence et de cerner la responsabilité des Occidentaux, Français et Belges en tête.

«Nous avons voulu lutter contre ce terrible préjugé qui veut qu'un génocide chez eux n'ait pas le même poids que ceux que nous avons vécus en Europe», explique le dramaturge Jean-Marie Piemme. L'auteur est une des têtes pensantes du projet porté par le metteur en scène Jacques Delcuvellerie et la vidéaste Marie-France Collard. Pendant cinq ans, l'équipe composée d'acteurs belges et rwandais a dépouillé des milliers de pages, visionné des dizaines de cassettes et rencontré des spécialistes des questions africaines. Certains de ses membres se sont aussi rendus à trois reprises au Rwanda, où ils ont recueilli des témoignages et sollicité des artistes qui se sont joints au projet. «Nous n'avions qu'un seul but: comprendre pour donner une réalité à ce mot de «génocide» qui nous pétrifie», raconte Marie-France Collard.

Rwanda 94, spectacle qui relève du théâtre documentaire, est un voyage au cœur de la folie des hommes en quatre étapes. Dans la première, Yolande Mukagasana, qui a vu son mari et ses trois enfants assassinés et qui a, depuis, écrit La Mort ne veut pas de moi, racontera la tragédie face au public. Dans la deuxième, des images tournées pendant et après les événements seront projetées. Quant au troisième acte, il fera la part belle à la critique et à la fiction: sous la pression des morts rwandais qui hantent les studios de la télévision belge, une journaliste décide de leur rendre justice dans une émission. Puis réalise les limites de son métier. Une cantate clôt le spectacle: elle dit dans un chant venu de très loin la résistance d'une communauté face aux tueurs.

Mais que peut le théâtre que ne peuvent d'autres médias? «Nous bénéficions d'une durée que n'a pas la télévision, commente Jean-Marie Piemme. Cette durée, c'est d'abord celle de la réflexion, et de la genèse. Et c'est aussi celle d'un spectacle qui confronte le public à différents types de discours, entre fiction, récit à voix nue et images documentaires. Chacun d'entre eux est ainsi éprouvé, dans sa capacité à rendre compte de la barbarie.»

«Rwanda 94», Gymnase Aubanel, me 21, sa 24 et lu 26 juillet à 18 h.