Théâtre

«Le théâtre pour enfants, c’est raconter des histoires avec un visuel prenant»

Dominique Catton, 70 ans, quitte la direction du Théâtre Am Stram Gram, à Genève. Une scène pour jeune public qu’il a fondée avec Nathalie Nath en 1974 et animée depuis vingt ans avec Christiane Suter. Le comédien et metteur en scène commente les photos de créations emblématiques qui ont marqué l’histoire du lieu

Dominique Catton, sa vie, son œuvre. Rarement cette formule consacrée ne résonne aussi bien que pour ce comédien et metteur en scène lyonnais qui, depuis son arrivée à Genève, il y a cinquante ans, a toujours mêlé art et vie. «Des vacances?» s’étonnait-il alors qu’il programmait un spectacle pendant un congé d’octobre. «Pourquoi? Le théâtre, c’est mon poumon, le plaisir du public, ma joie!»

Cette joie fut contagieuse durant les presque quarante années d’exercice du Théâtre Am Stram Gram, à Genève, sous sa direction. Très vite, dès la fondation en 1974, public et médias ont plébiscité ces productions où l’impertinence du propos a toujours été associée à la poésie des images. «Je suis venu à Genève pour suivre une formation d’ingénieur au Technicum. J’ai gardé de cette première orientation un goût pour la construction dans l’espace. Bien sûr, le théâtre pour enfants doit savoir raconter des histoires en allant toujours de l’avant, mais jamais je n’ai négligé l’audace et la force visuelles.»

D’où le riche compagnonnage avec les scénographes Roland Aeschlimann et Gilles Lambert. D’où également le livre bilan, Je fis un feu, magnifique recueil de photos des spectacles phares aux commentaires rares. «Dans Am Stram Gram, il y a âme, s’amuse le directeur. J’ai essayé de restituer cette âme dans cet ouvrage illustré. Chaque photo a sa charge humaine et artistique, sa flamme.»

Pourquoi avoir choisi de faire du théâtre pour jeune public en 1974? «Auparavant, j’avais joué durant dix ans dans le Théâtre de l’Atelier de François Rochaix, une troupe d’avant-garde aux accents militants. Quand on a décidé, avec Nathalie Nath, de lancer notre propre compagnie, on a eu envie de proposer aux enfants ce ton nouveau, désobéissant, insolent. Au fil des ans, mon théâtre est devenu moins épique, plus intimiste. Si les spectateurs sortent émus, intrigués ou simplement réjouis de nos créations, c’est que le théâtre a déjà agi.»

Dimanche dernier, le théâtre a bien agi. A la fin de l’ultime représentation publique des Derniers Géants, spectacle qui raconte les tribulations d’un Anglais en Birmanie, le directeur et ici seul acteur dialoguant avec les dessins saisissants de François Place a été salué par une standing ovation. «Je pars serein. J’ai une ­totale confiance dans mon successeur, le Français Fabrice Melquiot, un formidable auteur. C’est atypique et peut-être inédit qu’un auteur dirige un théâtre, mais Fabrice Melquiot a un tel univers littéraire, une telle générosité et inventivité de style, qu’il trouvera comment imaginer une direction à sa façon.»

Dominique Catton est d’autant plus heureux qu’il laisse «un théâtre en bonne santé». Le bâtiment déjà, volume de verre, d’acier et de béton construit par Peter Boecklin en 1992 pour la somme de 17,3 millions. Et les subventions, aussi. «J’ai réussi, je crois, à rendre obsolète l’idée que le théâtre pour jeune public est un théâtre au rabais, sans moyens. Am Stram Gram reçoit deux millions de subventions par an pour un budget total de trois millions. Je suis fier de ce rééquilibrage financier en faveur des enfants dont témoigne aussi le Théâtre des marionnettes de Genève.»

Des fiertés, des souvenirs, il y en a mille autres dans l’esprit chaviré du directeur sur le départ. Mais Dominique Catton préfère évoquer les compagnons sans qui rien n’aurait été possible. Son adjoint Pierre-André Bauer. Les acteurs, metteurs en scène Philippe Morand, Jean Liermier, Roberto Salomon. L’actrice ­Sarah Marcuse. Et puis les femmes alliées, bien sûr. Nathalie Nath, cofondatrice, et Christiane Suter, codirectrice. «N’oubliez pas Marc Vanappelghem, notre photographe. C’est important l’œil du théâtre!» La clé des songes manière Am Stram Gram, c’est l’image, toujours.

Je fis un feu. Am Stram Gram Le Théâtre, 1974-2012, Genève, Ed. Notari, 2012. www.amstramgram.ch

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