Saison

Au Théâtre du Grütli, l’étoffe de l’époque

A la tête de la maison des compagnies, Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo privilégient les objets rares, de préférence contemporains, à l’exception d’une robe de légende

Le come-back de Louise d’Epinay. La nouvelle saison du Grütli offrira ce bonheur-là. A l’orée de l’été prochain, cette femme de tête revivra à Genève. Vous n’avez pas le cœur qui bat allegro à cette annonce? Vous avez tort, tant ce bel esprit a rayonné dans les salons des Lumières, admiré de Jean-Jacques Rousseau, cerné de près par le peintre Jean-Etienne Liotard.

A la tête du Grütli, Centre de production et de diffusion des arts vivants, Barbara Giongo et Nataly Sugnaux Hernandez revendiquent le temps long, la lenteur, la patience du tisserand. Pour leur deuxième saison aux commandes de la maison des indépendants comme on l’appelait naguère, elles ont été séduites par le projet de la costumière Valentine Savary: reconstituer la robe de cette Louise irradiante, telle qu’elle apparaît sur la toile de Liotard.

C’est ce qu’on appellera l’étoffe d’une époque. Tout au long de l’année, des mains aimantes coudront l’habit au deuxième étage du théâtre. Quelque 700 heures de travail sont programmées. En juin, Valentine Savary et le metteur en scène genevois Fabrice Huggler prolongeront la prouesse à travers un spectacle, Madame de.

Dans la jungle de nos avatars

La saison conçue par Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo est à l’image de cette entreprise, intrigante dans ses intitulés et attirante dans ses textures. On pioche, presque au hasard, deux-trois cartes tendance dans un jeu qui en compte une vingtaine, comme si on était à la table de whist de Louise d’Epinay.

Avec son Cœur luxuriant et atteint, l’acteur et metteur en scène Mathias Glayre déclinera fin octobre les intermittences du moi, via un dispositif visuel qui promet – un film de Nicolas Wagnières.

Avec son Be Arielle F., début janvier, le plasticien genevois Simon Senn, spécialiste de la réalité virtuelle, s’intéressera à nos avatars. «Simon Senn a acheté sur internet la réplique digitale d’une femme, une certaine Arielle F., raconte Nataly Sugnaux Hernandez. Cet achat est l’amorce d’un questionnement éthique, philosophique, humoristique aussi sur l’usage qu’il peut faire de cette enveloppe.»

Hamlet rasé de près

Ces obsessions contemporaines excluent-elles Molière et Shakespeare, comme le déplorent des artistes genevois? Non, réplique le duo, qui récuse tout esprit de chapelle. N’accueillera-t-il pas en décembre un Hamlet rasé de près par le collectif français Kobal’t?

Le Grütli se veut au service des compagnies locales. Une boîte à outils, comme le définissent ses directrices, où chaque lundi les professionnels de la place peuvent soumettre à l’équipe de la maison des questions de tous ordres, juridiques, techniques, financières, etc. Parallèlement, la maison coproduit. Selon quels critères? «Nous avons reçu la saison passée quelque 140 demandes de coproduction, de Genève, des cantons de Vaud et du Valais, explique Barbara Giongo. Nous avons retenu sept projets, ceux qui nous semblaient les plus singuliers et les plus aboutis.»

Le conseil du routier? Embarquer, en décembre, dans la Fiat 500 de Massimo Furlan et de Claire de Ribaupierre, ces artistes lausannois qui jardinent nos mythologies. Luigi, Giuseppe, Silvano, des enfants de la botte débarqués en terre helvète il y a cinquante ans, déroulent le ruban d’une vie. Cette plage, qui a vu le jour en février à Vidy, s’appelle Les Italiens. Art de la joie, dites-vous? Oui, envers et contre toutes les adversités. Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo ont voulu que les bouchons d’un prosecco fraternel sautent sur leur scène et c’est en soi un symbole.

La robe de Louise d’Epinay d’un côté, la carrosserie de Massimo de l’autre. C’est le genre de fétiche qui permet de voyager loin.


Renseignements sur le site du Théâtre du Grütli

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