Le théâtre est parfois un acte d'amitié. Une petite gourde remplie d'eau-de-vie destinée aux voyages au long cours. Ainsi Des pauvres et des cirques, spectacle signé Jacques Roman, à découvrir ce vendredi soir et samedi à l'Espace Moncor à Villars-sur Glâne (FR). L'acteur y fait, pieds nus et les yeux remplis d'étoiles mortes, un numéro de vie. Sans paillettes et sans majorettes.

En choisissant d'adapter, pour l'Arsenic de Lausanne d'abord, un extrait de L'Ange des ténèbres de l'Argentin Ernesto Sabato, le comédien aurait pu se perdre dans les enfilades d'un texte qui mêle scènes de cauchemar sous dictature et extraits choisis d'une enfance qui ne mange pas de pain. Il a préféré s'en tenir à une vision: celle du péon Carlucho, un gaillard qui a l'estomac tatoué et le parler bourru. Un homme qui n'en peut plus de se taire et qui raconte à Natcho le candide ses fuites et ses cuites.

La beauté du moment doit beaucoup à la simplicité de la forme, à une façon de silhouetter dans la nuit, entre deux halos de lumière, toute une galerie de personnages. Loin de l'esbroufe du cirque. Sur le plateau immense, une roulotte semble attendre son forain: on y devine des grigris en pagaille, une madone des pavés, un portrait de Che Guevara, etc. Tout un monde en transit. Pour le reste, les deux comédiens affrontent les vertiges de la mémoire sans filets.

Le premier (Mathieu Glayre) écoute, avide de connaître, le second souffle, avide de transmettre, dans un dialogue qui est aussi une complicité en action. D'une relance à l'autre, Jacques Roman pose son décor d'Argentine: une enfance buissonnière dans une campagne pauvre, le bonheur d'un gamin, lorsque les champs se couvrent de sauterelles, les larmes d'une mère, lorsque les champs livrent leur misère. Et, dans ce récit, il n'y a pas l'ombre d'une nostalgie, juste l'image d'une fierté faite corps. Plus tard, dans un passage qui emprunte sa force à l'enfance et à la philosophie politique, il sera question de zoo. L'acteur jouera le lion en cage et dans son va-et-vient rageur passera un rêve de liberté. C'est cette mise en corps du texte qui rend ce moment de théâtre précieux.

Des Pauvres et des cirques, Villars-sur-Glâne (FR), Espace Moncor, les 26 et 27 février, à 20 h 30. Renseignements au tél. 026/323 25 55.