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Théâtre: Mishka Lavigne, divine surprise canadienne 

Anne Bisang monte «Havre», pièce au bord des larmes jouée par les vibrants Rébecca Balestra et Baptiste Coustenoble, à l’affiche à La Chaux-de-Fonds, puis à Genève

Ce rendez-vous, Anne Bisang ne voulait pas le manquer. La directrice du Théâtre populaire romand de La Chaux-de-Fonds avait été chamboulée à la lecture de Havre (Editions L’Interligne), texte de la jeune Canadienne Mishka Lavigne. Quand Mathieu Bertholet, son alter ego au Poche à Genève, lui a proposé de le monter, elle a donc dit oui, comme une évidence. Le spectacle qu’elle signe a cette même qualité: Baptiste Coustenoble et Rébecca Balestra sont merveilleux sur les tessons du chagrin, désarmants et émouvants quand tout tremble en eux.

Les fantômes de Sarajevo

Un état de choc. C’est sur une déchirure que s’ouvre Havre. Devant vous, Elsie alias Rébecca Balestra, défaite de la tête aux pieds, liquidée de l’intérieur, pétrifiée de l’extérieur. Elle vous éclaire au micro: une voiture est sortie de la route, une embardée, un trou qui est un gouffre, la mort d’un être, sa mère, l’écrivaine Gabrielle Sauriol. Vous ne comprenez pas tout de suite de quoi il retourne. Ni ce que vient faire Matt Hamidovic dans l’affaire. C’est lui qui parle à présent, d’une traversée de l’océan, du Canada jusqu’à la Bosnie, de la panique d’une amnésie: une arête blanche dans son enfance, un puits où se perdent ses parents biologiques, dans les décombres de Sarajevo.