Un va-et-vient entre l'éden et les égouts de la terre. Un conte philosophique au terme duquel on découvre que les égouts sont hautement fréquentables, puisque la vie s'y cache et que le paradis est stérile. Tel est le propos de Les rats, les roses, nouvelle pièce d'Isabelle Daccord, mise en scène par Gisèle Sallin au Théâtre des Osses à Givisiez.

En français et en allemand

Cette création excitait la curiosité à plus d'un titre. Parce que l'auteur du texte, 36 ans, passe pour l'une des plumes théâtrales les plus douées du moment (elle a été accueillie en résidence d'écriture à la Comédie de Genève). Et parce que ce spectacle est joué alternativement, événement rare, en allemand et en français par les mêmes acteurs. Hélas, Les rats, les roses ne tient pas ses promesses. La faute principalement à une écriture qui cherche encore ses piquants.

Au départ, c'est un paysage onirique. Sur la scène, il y a un voile immense, une aile de papillon nocturne striée de veinules rouges. Au milieu, posé comme un îlot, il y a un cube couleur sang. Un quatuor semble y dormir. Il va naître à la vie, c'est-à-dire à l'angoisse et au désir mêlés. Deux femmes, Soprano et Gourgandine, et deux hommes, Scélérat et Méloé, vivent ainsi sur leur tour, terrorisés par un rat carnassier, que la dramaturge a baptisé la Vieillerie, et fascinés par les roses qui poussent sur les plates-bandes de la bête. L'histoire? C'est celle d'un saut dans l'inconnu, d'un plongeon dans les bas-fonds du monde pour accéder à la plénitude – sensorielle et amoureuse.

Le canevas, qui doit autant à la Genèse qu'à La Belle et la Bête, est séduisant. Gisèle Sallin confie d'ailleurs après le spectacle: «C'est une grande œuvre en petit: la pièce d'Isabelle Daccord contient tous les grands thèmes.»

Peut-être. Mais sur le plateau, la surprise est rarement de mise. Là où on attendait une tension dramatique, ou à défaut un plaisir poétique, on a droit à quelques traits cocasses ou crus. La langue d'Isabelle Daccord, même dans un registre volontairement naïf, manque de jus, d'invention, de rebondissement dramatique surtout pour donner au conte son goût fort. Du coup, les comédiens peinent à imposer leurs personnages, figés dans ce qui finit par ressembler à un exercice de style.

«Les rats, les roses», Théâtre des Osses, Givisiez (FR), les 9, 11, 17, 23 et 25 mars. Tél. 026/466 13 14.