Samuel Beckett, ses tralalas funèbres et ses arbres desséchés ont une musique. László Hudi, metteur en scène hongrois, en est convaincu. Le public zurichois du Zürcher Theater Spektakel a ainsi découvert du 23 au 25 août Beckett-Songs. Présenté dans le cadre du programme est-européen du Zürcher Theater Spektakel (voir LT du 15 août), ce spectacle sonorise les culs-de-sac métaphysiques imaginés par l'auteur d'Oh les beaux jours.

László Hudi est du genre à brûler les icônes dans les églises. C'est du moins la réputation que lui ont value ses coups de serpe dans La Cerisaie de Tchekhov et ses éclaboussures technologiques dans La Tragédie de l'Homme, classique hongrois signé Imre Madách. Ces deux spectacles viennent d'être joués au Festival d'Avignon. Beckett-Songs ne pouvait donc pas être une énième variation autour du chromo beckettien, de ses chapeaux melon et de ses personnages végétatifs. L'homme de théâtre magyar a préféré révéler la nappe phréatique de l'œuvre de Beckett. C'est-à-dire tout ce qui s'entend à peine à la surface du texte: les gloussements ou les râles, et même, entre deux battements de cœur, le chant d'une diva.

Ce paysage acoustique s'ouvre en beauté: une fille du feu, pâle, se laisse enchanter par la confidence d'un gramophone laqué d'or, avec manivelle et grésillements à l'ancienne. Et voilà que sa rêverie s'incarne sur le plateau: une dizaine de comédiens-bruiteurs, pieds nus pour les hommes, robes satinées pour les femmes, cadencent (djembé et batteries sont de la partie) le voyage intérieur. Pas de personnages donc, mais une succession d'états d'âme sonores, qui sont autant de contrepoints aux textes de Beckett qui s'affichent à l'écran. Ce Beckett-Songs résonne ainsi souvent juste. D'où vient pourtant que ce brouillage musical intelligent lasse sur la longueur? D'un excès de cérébralité sans doute, défaut déjà patent dans La Tragédie de l'Homme.

Zürcher Theater Spektakel, jusqu'au 3 septembre, tél.01/216 30 30.