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Les nouvelles directrices du Grütli, Nataly Sugnaux Hernandez et  Barbara Giongo , veulent mettre leur équipe au service des compagnies et des artistes.
© David Wagnières

Genève

«Notre théâtre? Une boîte à outils»

Tout pour les compagnies. A la tête du théâtre des indépendants genevois, Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo veulent se mettre au service des artistes. Et favoriser la diffusion de leurs spectacles

Le beau souffle de l’humilité au Grütli. Nataly Sugnaux Hernandez et Barbara Giongo prennent ces jours à Genève les rênes d’un théâtre destiné depuis sa création, en 1989, à la création indépendante. Elles pourraient faire les malignes, annoncer une révolution esthétique. Elles optent pour la modestie des dentellières. Leur projet: être utiles aux artistes, telles des petites mains œuvrant dans leur ombre, préoccupées d’abord que les productions vivent au-delà des deux semaines réglementaires.

Pragmatisme? C’est la partition qu’elles ont jouée mercredi devant la presse. Parce qu’elles ont travaillé comme administratrices de compagnies, elles savent l’importance économique et artistique d’une tournée. Leur priorité sera là: faciliter les passages de frontières, en Suisse et à l’étranger. Et offrir aux troupes des espaces de travail, celui de la grande salle et celui du studio. Conséquence: un nombre modeste de représentations entre septembre et décembre. «Les plateaux seront occupés par les acteurs qui répètent, explique Barbara Giongo. Nous nous voulons à rebours de la surconsommation de spectacles.»

L’automne du Grütli aura néanmoins ses pics d’adrénaline, grâce notamment à une collaboration avec le festival La Bâtie. On a hâte par exemple de découvrir Happy Island, nouvelle pièce de La Ribot, cette artiste d’origine espagnole qui secoue toujours. Sous sa coupe, une bande d’interprètes handicapés établis à Madère. «C’est un spectacle d’une sensualité contagieuse», s’enthousiasme Nataly Sugnaux Hernandez.

Le Temps: Votre ère constitue-t-elle une rupture par rapport à votre prédécesseur, l’acteur Frédéric Polier?

Barbara Giongo: Nous ne rompons pas, parce que ce serait dénigrer ce qui a été fait. Mais nous ferons autrement. Nous ne sommes pas des artistes. Nous avons été administratrices de compagnies. A ce titre, nous avons fait en sorte que des spectacles puissent naître et exister au-delà du moment de leur création. Nous allons poursuivre ici ce travail. Ce théâtre sera une boîte à outils à la disposition des compagnies. Nous nous adapterons à leurs besoins. Nous avons à dessein rebaptisé le Grütli «Centre de production et de diffusion des arts vivants».

Nataly Sugnaux Hernandez: Dans les faits, nous discuterons très en amont avec les créateurs pour cerner leurs attentes et y répondre. L’équipe aura comme mission de les seconder.

Concrètement, comment allez-vous améliorer la diffusion?

N. S. H.: Il faut penser au devenir du spectacle dès son concept. Si l’on veut qu’il tourne, il faut éviter un décor qui ne tienne pas dans un camion. Il faut aussi prévoir dans la distribution des acteurs polyglottes.

Qu’est-ce que ce bureau des compagnies que vous créez?

B. G.: Un jour par semaine, l’équipe du Grütli sera à l’écoute des artistes qui le souhaiteront. Ceux-ci pourront poser des questions, demander conseil sur des sujets qui touchent à tous les aspects du métier. Cet espace fonctionnera comme une permanence. Imaginons par exemple qu’une compagnie cherche une machine à faire de la fumée. Nous pourrons l’aider à en trouver une.

N. S. H..: Ce bureau nous permettra d’identifier les préoccupations des professionnels pour leur proposer ensuite des après-midi thématiques, sur l’utilisation de la réalité virtuelle par exemple.

Céline Nidegger et Bastien Semenzato proposent une «Bibliothèque des projets non achevés ou simplement évoqués». De quoi s’agit-il?

B. G.: Ils interviewent depuis quelque temps des artistes sur leurs projets non aboutis. Ils vont continuer et le public pourra découvrir ces témoignages filmés. Bastien et Céline nous accompagneront toute la saison. Leur Bibliothèque est une façon de faire le lien entre le spectateur et le créateur.

La Maison des arts du Grütli est occupée par des institutions qui paraissent s’ignorer. Qu’allez-vous faire pour remédier à cela?

B. G.: Nous prévoyons des collaborations avec toutes les entités, le CAC Voltaire par exemple. A l’occasion de la Fête du théâtre, le 13 octobre, le performeur Massimo Furlan proposera une visite guidée de tous les étages et recoins du bâtiment. Cette performance a valeur de symbole.

A quel public vous adressez-vous?

B. G.: Nous ne nous sommes pas posé la question en ces termes. L’ère des publics captifs est révolue. L’abonnement est tombé en désuétude.

N. S. H.: Nous proposons un tarif unique à 15 francs. Les moins de 25 ans paieront 6 francs. Mieux, si l’un de ces jeunes vient accompagné, son camarade ou sa fiancée bénéficieront d’une invitation. Nous ambitionnons de faire venir la nouvelle génération.

Les amateurs de théâtre classique risquent d’être sevrés. Votre Grütli sera-t-il ouvert à des artistes qui privilégient le texte, Valentin Rossier, Julien George ou Camille Giacobino?

N. S. H.: Nous sommes ouvertes à tout.

B. G.: Nous ne sommes pas contre les classiques, mais pas en costumes. Nous ne dirions pas non à un Molière à la manière du Tg STAN, cette troupe belge qui a redéfini les codes du jeu.

N. S. H.: Notre programmation ne reflétera pas forcément notre goût, mais l’urgence du moment.


Renseignements: Théâtre du Grütli

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