Saison

Le Théâtre de Vidy s’offre la Palme d'or

Jean-Luc Godard et son dernier film, «Le livre d’image», sont à l’affiche de la prochaine saison de la grande maison lausannoise. Tout comme le cinéaste Christophe Honoré, qui montera «Les idoles»

Dans le smartphone, une voix d’hiver. Elle chevrote, c’est Prospéro le magicien qui vous parle. Elle baguenaude, c’est Falstaff qui souffle qu’un récit est une affaire de montage. Dans la petite salle du Théâtre de Vidy, Vincent Baudriller projette sur l’écran les images cannoises de la conférence de presse récente de Jean-Luc Godard. Le cinéaste d’Adieu au langage est l’invité-surprise de la prochaine saison de la maison lausannoise.

Fierté? Excitation? Au bout de la table, Vincent Baudriller en aurait presque la barbe qui frise. A partir du 16 novembre, Le livre d’image sera diffusé dans cette même salle, selon un dispositif ad hoc. Sur la Croisette, le film a marqué: il en est revenu auréolé d’une Palme d’or spéciale. Pour sa cinquième saison sur le pont de Vidy, Vincent Baudriller ne pouvait rêver plus beau poème.

Un après-midi avec Godard

«Jean-Luc Godard nous a contactés il y a quelques mois, il cherchait un dispositif particulier pour que le spectateur puisse vivre son film, raconte le directeur verni. Il nous a invités chez lui à Rolle pour le visionner, nous étions trois, très émus. Avec Fabrice Aragno, son monteur, il va aménager la salle pour que le spectateur soit comme à la maison.»

Sur le rivage lausannois, l’air de la Croisette. Car la rentrée sera bien cinématographique, avec le nouveau spectacle de Christophe Honoré, dont le film Plaire, aimer et courir vite a chamboulé Cannes. L’écrivain et metteur en scène répétera à Vidy Les idoles, hommage aux artistes qui lui ont donné envie de rêver sa vie derrière une caméra. Il saluera ainsi les écrivains Hervé Guibert, Jean-Luc Lagarce et Bernard-Marie Koltès, les cinéastes Jacques Demy et Cyril Collard, le critique Serge Daney. Ces ardents étaient homosexuels, ils ont tous été emportés par le sida.

Christophe Honoré, une archéologie intime

Vincent Baudriller accompagne depuis longtemps le travail de Christophe Honoré. A l’époque où il dirigeait le Festival d’Avignon, il avait programmé Nouveau roman, tableau captivant, détaché juste ce qu’il faut aussi, de la génération qui a fait la gloire des Editions de Minuit. On y croisait Marguerite Duras, Robert Pinget, Samuel Beckett. Les idoles prolonge une forme d’archéologie intime – du 13 au 22 septembre, au programme aussi du festival de la Bâtie à Genève.

Le théâtre à l’épreuve du présent. Ça divise parfois, mais cette conjugaison a le mérite de la clarté. Voyez la jeune chorégraphe romande Yasmine Hugonnet: dans sa nouvelle création, Chro no lo gi cal, elle et deux danseuses décomposent les routines du corps en gestes et en sons choisis – l’artiste est ventriloque. Voyez encore Massimo Furlan, cet anthropologue poète qui, d’un spectacle à l’autre, fait remonter des récits perdus. Sa nouvelle pièce s’intitule Les Italiens. Elle a pour cadre le foyer de Vidy, où chaque jour des joueurs de cartes transalpins s’adonnent à leur passion. «Il devrait en inviter cinq à parler de leur Italie, raconte Vincent Baudriller. Ce sera un spectacle made in Vidy.»

Cirque, duo burlesque et fou rire

Le reste de cette première moitié de saison a de la gueule. Les danseuses La Ribot et Mathilde Monnier rejoueront Gustavia, duo burlesque à l’affiche de la Comédie de Genève naguère. La chorégraphe française Gisèle Vienne a la passion des territoires en bordure de conscience: elle nous projettera dans une rave party – Crowd. L’artiste zurichois Thom Luz, jeune maître de l’atmosphère, promet d’envoûter avec Girl from the Fog Machine.

Ardues, ces formes? Joueuses, plutôt. Vincent Baudriller aspire à rassembler large. En ouverture, il proposera Bestias, spectacle de cirque de la compagnie Baro d’Evel. Il promet aussi qu’on rira à Vidy, avec Real Magic, de l’excellente compagnie britannique Forced Entertainment. Symbole de cette entreprise de séduction, la maison propose un abonnement général qui permet pour 35 francs par mois, à condition d’y souscrire toute la saison, de tout voir – 12 francs pour un jeune de moins de 25 ans. Avec cette carte, Vidy concurrence le cinéma. Le théâtre de Prospéro, ce magicien imprévisible, à portée de tous, Godard applaudit sans doute.

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