Vient de paraître la première étude en français sur l'ensemble des pièces de Dürrenmatt. A partir des concepts littéraires de la satire et du grotesque, cernée selon une analyse contrastive, elle vise à une «synthèse actualisée» de son théâtre. Par rapport à ces deux notions en sont examinés les thèmes majeurs (justice, religion, pouvoir, science et culture), l'expression théâtrale et son glissement progressif vers un théâtre du langage, et le personnage dramatique de «l'homme courageux» dont le rôle apparaît d'emblée révélateur.

Ainsi s'esquisse l'évolution d'un théâtre dans lequel le grotesque, d'abord simple moyen de la satire, tend à se greffer peu à peu sur le tragique pour affecter finalement le langage dramatique lui-même en tant que moyen de communication. Et cette panne du langage conduit, après Le Météore, à «une syntaxe du silence» révélant dans les pièces ultimes «la panne de la signification profonde, l'absence de références idéales». Il en résulte une théâtrale grotesque «agnostique», qui dès les années 70 «laisse au spectateur la difficile liberté des choix et des réponses».

L'étude est menée avec précision et s'appuie sur une information vaste. Si parfois, elle tend à un excès de démonstration ou propose un synopsis discutable, elle se poursuit avec cohérence. Sans apporter de lumières nouvelles, ses analyses fouillées fournissent des éclaircissements utiles, et le survol des connaissances qu'elle propose en fait un ouvrage de référence qui mérite le détour.

Philippe Wellnitz, Le Théâtre de Friedrich Dürrenmatt. De la satire au grotesque, Presses universitaires de Strasbourg, coll. Helvetica, 278 p.