Financement

Les théâtres de Vidy et de Saint-Gervais misent sur l’Europe

Les institutions lausannoise et genevoise s’allient au Théâtre de Bonlieu, à Annecy, et à l’Espace Malraux, à Chambéry. Objectif: cofinancer treize spectacles d’ici à juin 2022, avec l’apport de fonds européens

Un mariage à quatre, vous n’y pensez pas. Dans le monde de la culture, cette formule matrimoniale est pourtant prisée. Mercredi en fin de matinée, Salvador Garcia, Marie-Pia Bureau, Sandrine Kuster et Vincent Baudriller arboraient une mine de circonstance, gaillarde et réjouie. Le premier dirige le Théâtre de Bonlieu à Annecy; la deuxième, l’Espace Malraux à Chambéry; la troisième, le Théâtre Saint-Gervais à Genève; le dernier, le Théâtre de Vidy à Lausanne.

Si ce quatuor en tenue sombre – dress code du milieu – avait convié la presse, dans la petite salle de projection de Saint-Gervais, c’était pour officialiser un hymen, limité dans le temps – trois ans –, mais prometteur pour les artistes et le public. Nom de code: PEPS, pour «Plateforme européenne de production scénique». Objectif commun: treize spectacles cofinancés par ces institutions jusqu’en juin 2022.

Transmettre le patrimoine théâtral européen

Avantage de ce dispositif qui balaie les frontières cantonales et nationales? Il permet d’obtenir quelque 1,251 million de francs du Fonds européen de développement régional de l’Europe; la ville et le canton de Genève octroient 230 000 francs, le canton de Vaud, 40 000. Salvador Garcia a ainsi pu articuler le beau chiffre de 3,8 millions de francs de budget total. A noter que les deux tiers sont autofinancés par les théâtres.

Ce genre d’alliance n’est pas inédit. Bonlieu et Salvador Garcia, Saint-Gervais et son directeur d’alors, Philippe Macasdar, ainsi que le festival de La Bâtie l’ont déjà expérimenté avec succès. «Ce qui est neuf, c’est l’accord quasi immédiat sur les artistes et les projets que nous voulons soutenir», note Salvador Garcia.

Les élus du quatuor? L’Allemand Frank Castorf d’abord et son Bajazet, créé il y a quelques jours à Vidy. «Produire Castorf correspond à notre ambition de transmettre le patrimoine théâtral européen, il était naturel qu’il bénéficie de ce nouveau cadre», souligne Vincent Baudriller. «Nous organisons ce samedi un déplacement en car à Lausanne pour le public de Chambéry, afin qu’il découvre la pièce», complète Marie-Pia Bureau.

Débouchés pour les artistes suisses

«L’un des enjeux du PEPS, c’est que les œuvres voyagent, c’est essentiel, poursuit-elle. C’est aussi de faire franchir les frontières aux spectateurs. Ce sont autant de retombées économiques pour les villes.»

Un forum traitera à l’automne 2020 de l’impact de ce dispositif ambitieux. «Il s’agira d’analyser ses effets sur le public, les créateurs, détaille Sandrine Kuster. Et de se demander aussi dans quelle mesure ce PEPS peut servir de modèle de financement.»

La dot du quatuor fera le bonheur d’artistes de la région, dont l’autrice et metteuse en scène Marielle Pinsard. Il y a dix ans, elle signait au Théâtre Saint-Gervais Nous ne tiendrons pas nos promesses. Jane, Cyril, Béa et Jean-Michel prenaient des engagements pour le futur. Ils avaient la quarantaine et ils se voyaient bien mûrir ensemble. Ils reviendront dans Je vous ai préparé un petit biotruc au four, mais où est donc passé Jean-Michel?

«Cette production est un bon exemple de l’esprit de PEPS, souligne Sandrine Kuster. Les répétitions auront lieu à Genève et la pièce sera créée à Vidy, avant de revenir à Saint-Gervais.» «Ce qu’il y a de nouveau, c’est que des équipes françaises et suisses vont travailler ensemble, sur le même plateau, pour certaines productions», note encore Salvador Garcia.

Elargir la carte du territoire pour les créateurs français et suisses est l’ambition de la bande des quatre. Ces pactes régionaux entre maisons et collectivités publiques sont une formule de plus en plus privilégiée. Vidy est ainsi lié depuis 2016, sur un modèle analogue, aux 2 Scènes, Scène nationale de Besançon, ce qui permet de drainer des fonds européens. PEPS ne devrait pas faire pschitt.

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