Royaume-Uni

Theresa May essuie un revers au Parlement

Le Parlement britannique a adopté un amendement prévoyant que tout accord final conclu avec Bruxelles soit ratifié par un vote contraignant. Cette défaite tombe mal pour la Première ministre Theresa May

Les membres du Parlement britannique ont infligé mercredi un camouflet à la Première ministre Theresa May. Ils ont adopté de justesse un amendement modifiant sa feuille de route pour les négociations sur le Brexit qui pourrait compliquer les pourparlers avec Bruxelles.

Malgré les efforts déployés tout au long de la journée par le gouvernement pour s’y opposer, le texte a été adopté par 309 voix contre 305 à l’issue d’un débat de plusieurs heures, dans le cadre de l’examen du projet de loi gouvernemental sur la sortie de l’Union européenne.

Lire aussi: Brexit: le plus dur va commencer

À la merci d’une fronde parlementaire

Soumis par un député de la majorité conservatrice, l’ancien procureur général Dominic Grieve, cet amendement prévoit que tout accord final conclu avec Bruxelles soit ratifié par un vote contraignant du Parlement de Westminster. Son adoption illustre la position difficile de Theresa May, qui, depuis son revers aux dernières législatives de juin et la perte de sa majorité absolue, est à la merci d’une fronde parlementaire.

La Première ministre avait pourtant fait part de ses préoccupations devant les conséquences d’une telle initiative. «Cela pourrait intervenir à un moment très tardif du processus, ce qui pourrait nous empêcher d’avoir la sortie de l’Union européenne ordonnée et en douceur à laquelle nous aspirons», a-t-elle déclaré devant les députés.

Première défaite

Cette défaite, la première depuis l’examen du projet de loi, vient ternir la dynamique positive sur laquelle surfait la dirigeante après la conclusion vendredi d’un compromis avec Bruxelles sur les conditions du Brexit.

Elle tombe également fort mal pour la Première ministre, alors que s’ouvre jeudi à Bruxelles un sommet européen de deux jours. Ce dernier doit notamment décider de passer à la 2e phase des discussions du Brexit, sur les futures relations commerciales entre Londres et l’UE.

Lire également: Nick Clegg: «Le Brexit n’est pas irréversible»

Réactions

«Nous sommes déçus que le Parlement ait voté en faveur de cet amendement», a réagi dans un communiqué un porte-parole du ministère du Brexit. «Nous allons maintenant déterminer si d’autres modifications sont nécessaires.»

«Ce soir, le Parlement a repris le contrôle du processus de sortie de l’UE», a tweeté de son côté la députée conservatrice Nicky Morgan, pro-UE. Cette «défaite est une humiliante perte d’autorité pour le gouvernement», a taclé le patron du Labour, Jeremy Corbyn. Pour la militante anti-Brexit Gina Miller, l’adoption de l’amendement est une «victoire» de la «souveraineté parlementaire».

La bataille parlementaire s’est focalisée sur une clause du projet de loi accordant au gouvernement les «pouvoirs d’Henry VIII», une disposition lui permettant de modifier une loi en s’exonérant du plein contrôle du Parlement, mais qui fait tiquer nombre de députés craignant qu’elle ne s’applique plus largement aux termes de la sortie de l’UE.

«Trop tard»

Jusqu’au dernier moment, le gouvernement avait tenté de faire pencher la balance. Theresa May et son ministre chargé de la sortie de l’UE, David Davis, étaient montés au créneau pour tenter d’apaiser les députés rebelles.

«Nous soumettrons l’accord final de retrait conclu entre le Royaume-Uni et l’UE à un vote au sein des deux chambres du Parlement avant qu’il n’entre en vigueur», avait déclaré May.

M. Davis avait lui assuré dans un communiqué que le gouvernement s’était «engagé à organiser un vote sur l’accord final au Parlement dès que possible après la fin des négociations». «Ce vote prendra la forme d’une résolution dans les deux chambres du Parlement et concernera tant le projet de loi de retrait (de l’UE) que les termes de notre future relation» avec le bloc européen.

Et quelques instants avant le vote, le secrétaire d’Etat à la Justice Dominic Raab s’était lancé dans une ultime tentative d’amadouer les députés rebelles, avant de s’entendre sèchement signifier depuis les bancs de la chambre des Communes: «Trop tard!».

Mains liées

L’introduction de l’amendement avait provoqué la colère de partisans d’un Brexit dur, à l’instar du député conservateur Iain Duncan Smith. Celui-ci avait accusé Dominic Grieve de «chercher des moyens de faire dérailler le projet de loi». L’amendement, a-t-il argumenté, «liera les mains du gouvernement» dans ses négociations avec l’Union européenne.

Alors que le vote de mercredi promet d’attiser encore davantage les divisions au sein des conservateurs sur le Brexit, le gouvernement n’a pas tardé à riposter en limogeant l’un des rebelles, Stephen Hammond, de son poste de vice-président du parti.

Publicité