Photographie

Thierry Bouët: «J’ai besoin d’un fil dans mon travail»

Durant une année, Thierry Bouët a sillonné la France à la rencontre de vendeurs d’objets insolites sur leboncoin.fr. A côté de chaque portrait soigneusement mis en scène, un texte raconte l’origine de la pièce et pourquoi son propriétaire a décidé de la céder. Fascinantes histoires

Thierry Bouët:

«J’ai besoin d’un fil dans mon travail»

Durant une année, Thierry Bouët a sillonné la France à la rencontre de vendeurs d’objets insolites sur leboncoin.fr. A côté de chaque portrait soigneusement mis en scène, un texte raconte l’origine de la pièce et pourquoi son propriétaire a décidé de la céder. Fascinantes histoires. Il y a celle du cavalier ayant commandé des bottes sur mesure en Italie qui ne lui vont pas. Celle du manteau de Maurice Chevalier. Celle du cercueil de la grand-mère ayant finalement préféré se faire incinérer ou celle de cette demeure fortifiée du XIIe siècle avec rampe de pompiers.

Samedi Culturel: Pourquoi ce sujet?

Thierry Bouët: Cela a commencé par accident. Alors que nous travaillions au studio, mon assistant a reçu un e-mail lui proposant de racheter un bar-tabac en province. Cette facilité à se procurer n’importe quel bien sur le Net m’a fait penser au boncoin. Je n’y étais jamais allé jusqu’alors et j’ai été étonné de constater qu’un numéro de téléphone est adossé à presque toutes les annonces. Il y a des objets insauvables à la recherche d’une nouvelle vie, comme des verres de pastis ou un transat. Et puis à l’inverse, des objets incroyables. Je ne pensais pas que l’on pouvait acheter un avion en un coup de téléphone. Mon travail photographique a toujours été focalisé sur des communautés de gens qui s’ignorent: j’ai voulu réunir ces vendeurs.

Comment avez-vous travaillé?

J’ai choisi les objets en fonction des photographies que je voulais faire. J’ai essuyé beaucoup de refus, la moitié environ. Et l’autre moitié a accepté de poser pour «rendre service». J’ai choisi des objets à échelle plus ou moins humaine, pour qu’on les voie bien sur la photographie, et la mise en scène a été pensée en fonction des discussions avec leurs propriétaires. Une bonne partie du travail a consisté à faire du nettoyage dans le cadre. Par exemple, pour la photo du papier peint dans la chambre d’enfants, il a fallu vider la pièce! C’est une sorte de «nouveau reportage», cela raconte la vérité, mais c’est travaillé comme une fiction. J’ai choisi d’ajouter du texte parce que ces objets permettent de raconter des tranches de vie. En outre, la photographie, de par son accessibilité aujourd’hui, s’épaissit lorsqu’il y a un contenu ajouté.

Travaillez-vous toujours en série?

J’adore ce côté obsessionnel; c’est une force, mais qu’il faut savoir contrôler. Mon éditeur m’a dit stop trois semaines avant les Rencontres, il fallait publier le livre! Je photographie toujours en série, à l’exception des commandes et de certains portraits; j’ai besoin d’un fil pour ordonner mon travail personnel. J’ai par exemple réalisé des images de gens qui vivent à l’hôtel, encore une communauté qui s’ignore et je me concentre actuellement sur les leaders d’opinion. Je les photographie à leur bureau, c’est le contre-pied du lit. J’avais également photographié des bébés durant leur première heure de vie et les ai positionnés à la verticale. On aurait dit une collection de vieillards!

Thierry Bouët, «Affaires privées», Grande Halle, jusqu’au 20 septembre. Livre aux Editions Xavier Barral, 17 x 24 cm, 128 p. , 2015.

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