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Son spectacle «Courir» réunit ses trois passions: le jeu, la musique et la chanson.
© Bertrand Rey

PORTRAIT

Thierry Romanens, la vie à fond

Le comédien et chanteur au grand cœur ressuscite Emil Zatopek dans «Courir», un spectacle musical et trépidant. A voir ou revoir dès jeudi au TKM, à Renens

Parce qu’on le sait timide, on imaginait Thierry Romanens taiseux et récalcitrant. C’est tout l’inverse. Au café de L’Evêché, à Lausanne, le comédien et chanteur se livre tambour battant. Son passé, ses projets, sa famille, ses lectures, ses convictions. Aucun sujet ne freine l’humoriste qui aime la fête et les gens. Il parle même de son rapport à la religion et à la foi. Sur un rythme haletant, parfaitement en phase avec le spectacle Courir, qu’il reprend ce jeudi au TKM, Théâtre Kléber-Méleau, à Renens. L’évocation de l’incroyable épopée d’Emil Zatopek, sur un texte de Jean Echenoz et une musique de Format A3, trio de jazz qui, présent sur le plateau, traduit à la perfection les pulsations de l’action.

D’accord, la course à pied est un virus contemporain, un archi-trend du moment. Mais pourquoi ressusciter une star des années cinquante? «Ce n’est pas l’athlète qui m’a attiré d’abord, mais le livre de Jean Echenoz, répond Thierry Romanens. Après mon spectacle musical sur le poète Alexandre Voisard, je voulais poursuivre avec cette combinaison de textes et de musique, tout en ajoutant le jeu théâtral. Quand j’ai vu ce titre Courir, j’ai directement senti le mouvement que pourrait contenir ce roman.»

Le roman qui remue

En effet, on peut dire qu’il remue, ce récit de vie. Il palpite même sans arrêt, ce portrait de ce fou de la foulée qui a surpris le monde entier avec son style improbable, pourtant couronné de succès. «C’est le Usain Bolt de l’époque, s’enthousiasme le comédien. Dans le spectacle mis en scène par mon ami Robert Sandoz, on s’est attaché à restituer cette folle ascension avec un crescendo dramatique et musical, une sorte de bulle qui enfle, enfle… jusqu’au moment où elle éclate!» De fait, le public est saisi. Entre la trajectoire de ce champion atypique rattrapé par la répression communiste et les climats aménagés par le trio et le conteur, on est emporté par une vague d’émotions à cent à l’heure.

Cette sensation de tourbillon ne cesse pas, bien au contraire, quand on se penche sur la vie de Thierry Romanens. Chanteur, musicien, comédien de théâtre, acteur de cinéma et de séries, humoriste, metteur en scène, chroniqueurs pour Les Dicodeurs, et encore coach pour différents chanteurs ou groupes, son CV est une valse à mille temps. Sans compter la psychomotricité, profession qu’il a exercée jusqu’en 1994, en parallèle à toutes les activités précitées. Vous avez le tournis. C’est normal. L’homme ne descend jamais du manège. A quoi doit-il cette fabuleuse énergie? «En tout cas pas au paquet de cigarettes que je fume quotidiennement, ni aux coups que je bois avec les amis», s’amuse le quinquagénaire qui a un peu couru pour Courir, mais n’exerce aucun sport, sinon.

L’esprit saint

Il réfléchit et poursuit, avec un demi-sourire. «Ma mère dit que c’est l’esprit saint!» Retour sur le passé, lorsque à Colmar, le petit Thierry, «bavard, mais poli», grandissait dans une famille catholique pratiquante, entre un père directeur commercial, un frère qui deviendra comptable et une mère femme au foyer et catéchiste. «De 8 à 15 ans, j’ai suivi l’enseignement chez les jésuites, et de 15 à 18 chez les Marianistes. Ça vous fonde un homme!» La religion catholique, un souvenir, pour lui ou une actualité? «Un souvenir. Cela dit, je suis fasciné par les grands mystiques qui peuvent se retirer du monde et prier. Aujourd’hui, je n’ai pas de principe transcendant, mais je suis émerveillé par la vie comme un môme qui trouverait un trèfle à quatre feuilles.» Dans cette famille qui aime chanter, du côté maternel, il a appris le piano, la guitare, la mandoline, avant de fonder un groupe de blue grass, de la country, à 15 ans…

On ne voyait pas Romanens aussi fleur bleue. En même temps, c’est vrai que dans Les Dicodeurs, il a le rôle du gentil, du rêveur. «Côté humour, je ne pourrais jamais faire de stand-up et dégommer des politiciens ou des faits de société. J’apprécie beaucoup l’esprit d’observation de ceux qui le pratiquent, mais je serais incapable de consacrer mon temps aux c… dont il est toujours question.» On le sent, Thierry Romanens a le cœur à gauche, versant poètes et petites gens. Il dit: «Ce que je ne ferais jamais? Jouer pour de l’argent. J’ai refusé des contrats très bien payés parce qu’il fallait juste faire le guignol en scène, alors que j’avais envie de chanter avec mes musiciens. Je ne le sens pas, je ne le fais pas, c’est mon éthique à moi.»

Pourquoi la Suisse?

Pourquoi la Suisse, Monsieur le rebelle? «Parce que j’y ai d’abord obtenu mon premier contrat en psychomotricité en 1987, à la suite d'un stage. Aussi, parce que mon grand-père paternel vient de Fribourg. Je sais peu de chose sur lui, car il a pris ses distances avec la famille, mais je lui dois ce nom très «loco-local» de Romanens.» Et comment voit-il son pays d’accueil, lui qui a étudié et vécu à Lyon? «Comme ma maison. Avec ma femme, Brigitte, directrice du Théâtre Le Reflet à Vevey, on a totalement pris racine ici, dans cette région de grande convivialité.» Deux filles sont nées de ce mariage qu’il faut saluer – trente ans l’année prochaine, bel exploit! – et toutes deux travaillent dans le spectacle. L’une est productrice de musiques actuelles, l’autre, costumière. «C’est clair qu’on est très fiers», sourit Thierry, attendri.

Et les amis, des piliers de vie? «J’ai quelques amis, que je vois peu, mais qui sont des présences sans failles au long des années. Et plein de rencontres chaleureuses d’un soir ou plus, liées au monde du spectacle. J’aime beaucoup cette plongée dans l’univers de l’autre, l’espace d’une soirée. La nuit, la relation est plus intense, plus réjouie.» La nuit, le jour, Thierry court toujours. Il ne fait pas de sport. Sa vie, haletante et pleine de nouveaux défis, lui suffit. Du pur Zatopek, le style en plus.


Courir, du 7 au 10 décembre, TKM, Renens.


Profil

1963  Naît à Colmar.

1983  Etudie la psychomotricité à Lyon.

1987  Arrive en Suisse avec Brigitte Romanens, sa femme et future directrice de plusieurs théâtres romands.

1992  Réalise son premier spectacle d’humour.

2000  Sort son premier CD de chansons.

2010  Rencontre Alexandre Voisard, poète jurassien, une révélation.

2016  Crée «Courir», son spectacle préféré, car réunissant ses trois passions: le jeu, la musique et la chanson.

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