Culture

Thomas Hirschhorn: «Cette exposition ne tourne pas autour de Christoph Blocher»

Il refuse d'exposer en Suisse mais expose au CCS. Thomas Hirschhorn s'explique.

Le Temps: Vous n'exposerez plus en Suisse tant que Christoph Blocher sera au Conseil fédéral. Mais vous exposez au Centre culturel suisse de Paris. Vous jouez sur les mots?

Thomas Hirschhorn: On est en France. Depuis quand le CCS serait-il en Suisse? Ce n'est pas une ambassade, ni une vitrine de la Suisse, en tout cas pas tel que je le conçois. J'ai dit que je n'exposerais plus en Suisse. Je n'ai jamais dit que je ne travaillerais plus avec des Suisses. Que l'on me critique sur ce que j'ai vraiment dit et sur ce que je dis vraiment.

– On va vous accuser de manger à tous les râteliers.

– Je le comprends. C'est un argument politicien. Je refuse d'entrer dans cette polémique-là. Je ne suis pas un politicien. J'essaie de faire un acte avec ce qui m'est le plus cher. J'aime exposer. J'ai eu des propositions d'expositions en Suisse. Je les ai refusées. Cet acte me touche en premier lieu.

– Vous parlez de démocratie. Pourquoi remettez-vous en question une décision prise par le peuple?

– Je ne conteste pas la décision du peuple, mais celle de ses représentants qui ont élu Christoph Blocher au Conseil fédéral sans nécessité. L'élection au Conseil fédéral est un compromis entre les partis, pour respecter des proportions d'hommes et de femmes, de cantons, etc. Il aurait été facile de dire: non, celui-là, désolé, on n'en veut pas.

– Ce n'est pas la démocratie directe que vous remettez en cause?

– Pas du tout. En France, Le Pen a fait presque 20%. En Suisse, ce que je considère comme l'extrême droite ne fait pas beaucoup plus. Cela ne nous oblige pas à élire au gouvernement un homme qui représentera un jour la Suisse à l'étranger parce qu'il sera président de la Confédération.

– On vous dira: c'est facile, Thomas Hirschhorn n'a pas besoin d'exposer en Suisse.

– J'ai entendu cet argument. J'ai entendu aussi: pourquoi exposes-tu aux Etats-Unis? Je veux faire quelque chose avec mes moyens. Tout le monde peut agir, au besoin en allumant une bougie. Tout le monde peut résister à quelque chose qu'il n'accepte pas. Ce n'est pas moi qui ai déterminé le timing de l'élection de Christoph Blocher. Mais je ne dirais pas que je suis exempt de contradictions et de complexités qui me dépassent.

– Vous vivez en France depuis 20 ans. Avez-vous demandé un passeport français?

– Je ne vois aucune raison pour devenir Français. La Suisse est mon pays. C'est pour cela que je m'en sens responsable. Le monde me concerne. Mais ce qui se passe chez nous me concerne par-dessus tout. Je n'accepte pas une élection qu'on nous présente comme démocratique. C'est cela qui fait problème.

– C'est le thème de votre exposition?

– Non, cette exposition ne tourne pas autour de Christoph Blocher. Elle tourne autour de la démocratie. Les propos que j'ai écrits sur les murs sont contradictoires parce que ce sont des citations venues du monde entier. La guerre en Irak, on le sait, a été faite au nom de la démocratie. Je me réjouis qu'elle ait amené la déchéance d'un dictateur. Mais cela a aussi conduit aux tortures des prisonniers dans les prisons irakiennes. On sait que la dictature conduit à la torture. Mais il y a quelque chose qui ne va pas si la démocratie le fait aussi. Je veux pouvoir m'interroger là-dessus.

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